Lorsque le projet de réhabilitation de l’immeuble ministériel n°1 prend corps, il faut bien le reconnaitre, c’est le doute total dans l’opinion publique nationale. Normal, il était question là d’une bâtisse donc la notoriété macabre avait alors dépassé le seul cadre du #Cameroun. On parlait bien, non pas de l’immeuble ministériel n°1, mais de l’« immeuble de la mort ». Le building, qui devait abriter après construction, des services publics, avait muté en un repaire de brigands spécialistes des agressions à main armées, vols à la tire, viols et autres crimes aussi vicieux les uns que les autres, à la pelle, jours et nuits.

Seulement, il n’aura pas été qu’uniquement question de cette lugubre dénomination et le corolaire avec. Avant ce triste feuilleton, l’abandon de l’immeuble ministériel n°1 avait provoqué un tout autre type de refuge. Du fait de sa juxtaposition de ce qui était encore le stationnement Yaoundé-Mbalmayo (allant de la poste centrale au carrefour de la Montée Zoé), il était utilisé comme magasin pour les commerçants des abords. L’on se souvient également, entre autres faits rocambolesques, de cette actualité autour de la clôture de cet immeuble, qui en son temps a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Un « promoteur », véritable fils à papa, par une alchimie des lobbys de couloirs de notre administration, avait, pour cette clôture, englouti environ un milliard et des poussières de nos francs, pour un sordide résultat laissant pantois, même le plus ignorant en matière de bâtiment et travaux publics (BTP) ou pour parler de manière triviale, comme au quartier si vous préférez, en matière de construction d’une barrière. Ce projet douteux insufflera, sur cet immeuble, un vent de rasage de la carte de la cité capitale. Il sera même évoqué le fait de la trop grande proximité d’avec le chemin de fer Yaoundé – Douala.

Pourtant, il fallait oser faire quelque chose pour cet investissement. La Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) s’y est engagée. Ce qui aurait poussé Philemon Yang, le Premier ministre, à ne pas tarir d’éloges à l’endroit du directeur général de la CNPS, louant le courage et l’engagement dont il aura fait preuve : « Je loue votre audace d’avoir accepté de travailler avec l’Etat.» Mais tout risque bien calculé, l’entreprise tout de même parapublique et faisant partie des fleurons de l’État, selon la convention du bail emphytéotique avec le gouvernement, au terme de la réalisation des travaux de finition du bâtiment, devait compenser ses dépenses à travers des loyers sur 50 % de l’immeuble, pour une durée de 40 ans renouvelable, jusqu’à récupération totale des fonds (environ 15 milliards de francs CFA) investis dans le projet.

Rappel historique

Lorsque Paul Biya, alors premier ministre accède à la magistrature suprême, le Cameroun vit encore une embellie certaine, malgré des soupçons de crise maîtrisée. Le Cameroun nourrit, en toute légitimité, ce que quelques années auparavant, l’ex Premier ministre Chef du premier gouvernement local, André Marie Mbida, appellera les grandes ambitions. Sous l’implémentation du Président Biya, les travaux de construction de deux grands chantiers débutent en 1984. Il s’agit de l’immeuble ministériel n°1 et de l’immeuble ministériel n°2. Si le dernier, aujourd’hui fonctionnel et abritant les ministères de l'Enseignement supérieur, des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, des Forêts et de la Faune ainsi que celui de l’Environnement et de la Protection de la Nature, voire les services locaux de l’Unesco, est mené à terme, il n’en est pas de même pour le n°1. La sévère crise économique qui a frappé le monde dès 1986, et le Cameroun avec, va avoir un impact négatif sur son évolution. Les travaux commencés 3 ans auparavant, d’un niveau d’avancement de 85%, selon les experts, vont être stoppés net en 1987. Ce sera ainsi la descente aux enfers pour le bijou architectural qui surplombe de son éclat le lieu dit Montée SNI.

Rétrocession

Faut-il le rappeler, le 4 mai 2010, la CNPS et le gouvernement camerounais ont signé un bail emphytéotique. Sans ambiguïté, ni fioriture, le cadre de partenariat prévoyait que la CNPS finance le projet de finition du bâtiment, et sur une durée de 40 ans renouvelable, jusqu’à récupération des fonds investis, perçoit par un loyer sur la moitié de l’immeuble.

Mardi 19 août dernier, dans la salle des conseils des services du Premier ministre, c’est une autre convention qui était en signature entre quasiment les mêmes protagonistes. Le Premier Ministre Yang, a présidé la cérémonie. Autour de Philemon Yang, les ministres Emmanuel Nganou Djoumessi de l’Economie, Amba Salla des Travaux publics, Koung A Bessiké des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Jean Claude Mbwentchou du Développement urbain et de l’Habitat (MINDUH), Pierre TITTI le ministre délégué auprès du ministre des Finances (MINFI), Mekulu Mvondo Akame le directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et les responsables de la Caisse autonome d’amortissement (CAA).

Les services publics sont davantage demandeurs de logement en quantité, et appropriés. La convention nouvellement paraphée, permet à l’État de résorber cette requête en partie. Ainsi, s’étant engagé à reverser la somme de 15 milliards de francs CFA à la CNPS, il acquiert le droit exclusif et définitif d’exercer tous les droits liés à la propriété. L’État peut désormais, et de toute évidence, occuper l’immeuble ministériel n°1, le gérer et de le céder totalement ou en partie.

La page sombre de l’immeuble ministériel n°1qui se referme, entrevoit une nouvelle page empreinte de bon augure. Une situation qui a bien valu une cérémonie festive. Une inauguration du reste traduite en toute sobriété, mais au demeurant riche en symboles.

BN #Afrique