Michael Brown, 18 ans, non-armé, se fait abattre par Darren Wilson le 9 août 2014. Altercation floue et témoignages divers transforment l'affaire en une immense manifestation où s'opposent militants sociaux et policiers anti-émeutes. Le procès s'étale sur une durée anormale et l'affaire prend des proportions médiatiques internationales. Aux #Etats-Unis, cette affaire a des airs de ségrégation raciale. Michael Brown était noir, le policier Wilson était blanc. Un cas qui rappelle le meurtre de Trayvon Martin, abattu en 2012 par un voisin qui « patrouillait ».

Alors que le procès s'éternise, les manifestations s'intensifient et entraînent des débordements.

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Comprenez pillages de commerces, incendies de voitures et destructions de matériel public. Une milice locale vient apporter son aide aux policiers anti-émeutes, dont l'équipement de combat est dangereusement létal. La majorité de ces miliciens, réunis pour défendre les établissements du coin, sont équipés de fusils semi-automatiques.

Sur #Internet, les opposants s'organisent. Des supporters de Darren Wilson créent une page de soutien au policier et dénoncent un traitement médiatique erroné. Ils montent une campagne de crowdfunding qui récolte plus de 20.000$. Leurs opposants se mobilisent sur Twitter et dénoncent un racisme ultra-présent dans les institutions américaines. Trop de Blancs dans la police, trop de Noirs en prison. Parallèlement, des chiffres ressortent, dénombrant une multitude de meurtres d'adolescents noirs par des policiers blancs.

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Suspectés de porter des armes, ces jeunes Afro-américains ne tenaient en réalité que des objets banaux. Un gobelet, un smartphone, un jouet et parfois...une fausse arme en plastique. Tel Tami Rice, 12 ans, assassiné à Cleveland le 22 novembre 2014, tandis que les habitants de Ferguson scrutaient les suites des accusations de Wilson.

Intervention des Anonymous

Dans cette mêlée d'internautes, de hashtags et de dénonciations, apparaît l'information selon laquelle des membres du Ku Klux Klan auraient rejoint les milices anti-émeutes. La corrélation, avant d'être vérifiée, semble pertinente. Au vu du manichéisme qui prévaut dans les affrontements - manifestants noirs contre milices blanches-, le raccourci est légitime. Mais pas faux. Des militants du KKK distribuent des flyers chez les contre-manifestants et menacent de prendre les armes. « Vous risquez de réveiller un géant endormi », peut-on lire sur leurs tracts.

Les Anonymous décident d'intervenir. « Pour la justice ».

Ce réseau de hackers indénombrables, dont de nombreux collectifs se réclament, suivaient les évènements de Ferguson avec une attention toute particulière.

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Ils avaient été les premiers à révéler le nom de l'officier ayant tiré sur Michael Brown. A tort. Le nom ayant leaké était celui d'un autre. Jusqu'à ce que celui de Darren Wilson apparaissent, suspecté d'appartenir à la secte des suprématistes blancs.

En réponse à ces découvertes et au flyering du Klan, les Anonymous lancent les campagnes web #OpKKK et #HoodsOff (en français : sans capuche). L'occasion de dévoiler des noms et des informations personnelles de divers membres de l'organisation pseudo secrète et politique. Le grand mage des Chevaliers Américains Traditionnels du Ku Klux Klan, Franck Ancona, est la principale cible du collectif de hackers. Selon ces derniers, ils auraient investi ses comptes PayPal et ses réseaux sociaux, déconnecté son téléphone et coupé son électricité. Sans oublier de partager son numéro de compte en banque.

Sur Twitter, le Ku Klux Klan réagi en invitant ces «commandos de petites pédales du clavier » à se montrer sur le terrain en chair et en os. La réponse des Anonymous est brève : date, heure et lieu du rendez-vous. Rendez-vous auquel aucun membre du Ku Klux Klan ne se présentera.

Le 16 novembre 2014, les hackers regroupés derrière le masque de Guy Fawkes prennent contrôle du compte Twitter du KKK. Ils tweetent une image de licorne, métaphore contemporaine du cheval de Troie.

Le 24 novembre, après trois mois de procédure, l'audition de 60 témoins dont le prévenu même et la publication des 5000 pages d'enregistrement des auditions, Darren Wilson est blanchi. Les poursuites sont abandonnées, au grand regret des manifestants et des Anonymous.

Publiée le 25 novembre, une vidéo signée Anonymous témoigne du dégoût occasionné par ces décisions jugées injustes. Leur déclaration laisse à présager que les évènements de Ferguson ne sont pas prêts de s'arrêter.

« Nous étions informés que la justice était morte à Ferguson quand Mike Brown a lâché son dernier soupir et que Darren Wilson s'en est échappé.
(…)
Nous sommes convaincus que Darren Wilson est coupable de meurtre malgré les mensonges et les preuves falsifiés que la police a perfectionné durant 108 jours.
(…)
Maintenant, nous sommes la loi.
(…)
St-Louis, St Louis County, Ferguson, et les autres commissariats,
Préparez-vous à nous recevoir car nous arrivons en force. »