Le verdict est tombé aujourd’hui. Alexey Navalny et son frère Oleg sont jugés coupables d'escroquerie. Le premier écope de 3 ans et demi avec sursis, le second de 3 ans ferme. La cause ? Les deux frères auraient détourné des fonds appartenant à la société française de cosmétiques Yves Rocher.

Accusé d’avoir surfacturé les services de transports de colis lorsqu’il travaillait à la Poste, Oleg Navalny devrait rembourser 26 millions de roubles (590 000€) à Yves Rocher Novstok, filiale russe de l’entreprise française. Cette accusation aurait été démentie par la société de cosmétique dans un communiqué passé inaperçu.

Alexeï blogueur, activiste et avocat

Avocat de profession, politicien par conviction, blogueur par intention et activiste par la force des choses, Alexeï Navalny est embarqué depuis quelques années dans une lutte contre la corruption au sein du gouvernement russe.

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Après avoir obligé un membre du parlement à démissionner en dénonçant la possession d’une villa en Floride, il s’est attaqué aux palais que possèdent les politiciens de l’oligarchie russe. 

Assigné à résidence depuis février, il est privé d’accès à Internet. Sa femme relaie ses écrits mais il reste, par obligation, assez coupé du monde. Ses écrits virulents à l’égard du président Vladimir Poutine ont fait de lui la figure de proue de l’opposition en #Russie. En novembre 2014, le parquet le condamnait à 5 ans de camp. Les peines ont finalement été abandonnées

L’affaire Yves Rocher

En 2008, Yves Rocher Novstok porte plainte contre les deux frères pour leur avoir imposé des prix supérieurs à la normale. L’enquête prouve que les prix proposés sont tout à fait compétitifs. L’opposition dénonce une volonté du gouvernement russe d’impliquer une société étrangère pour donner plus de crédit à ses accusations.

Depuis, l’entreprise française ne donne réponse. Une pétition a été lancée par le joueur de hockey russe Leonid Volkov pour que la société de cosmétique donne des éclaircissements sur la question. Selon le journal Le Monde, l'entreprise aurait, par la voix de son directeur financier Christian Melnik retiré sa plainte.

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Oleg derrière les barreaux, l’opposition manifeste

Prévu pour le 15 janvier, le procès a été avancé au 30 décembre, période creuse où les russes partent en vacances, les médias sont moins actifs et l’attention moins portée sur l’actualité. Beaucoup voient en ce choix une tentative d’écarter Navalny, tentative qui permettrait au Kremlin de museler ce mouvement anti-corruption.

Le verdict tombé, Alexeï s’est indigné. Pourquoi s’en prend-on à son frère et non directement à lui ?

Les activistes des Pussy Riot ont directement réagi avec une vidéo. Déguisées en sorcière, elles encouragent à protester contre la décision du tribunal, qu’elles jugent malhonnête.

Dans un communiqué de presse, l’association Russie-Libertés appelle à manifester aujourd’hui même sur la place du Trocadéro, à Paris.

Dmitry Muratov, le rédacteur en chef du journal Novaya gazeta a conclu à la fin du procès : « Le verdict pour le procès des frères [Navalny] a été inventé. J’ai honte de la justice».