Le projet South Stream devait transporter 63 milliards de mètres cubes au travers de la mer Noire. Partant de Russie, ce pipe-line à 50 milliards d'euros aurait traversé la Bulgarie pour ensuite alimenter de nombreux pays d’Europe du Sud-Est. La Croatie, la République Serbe, la Bosnie-Herzégovine, l’Autriche et l’Italie avaient approuvé l’idée de faire transiter le gaz par une route qui ne traverse pas l’Ukraine. Pourtant, le 1 décembre 2014, le président russe Vladimir Poutine a affirmé lors d’une visite  en Turquie que le projet serait abandonné.

Les négociations entre l’entreprise russe Gazprom (qui détient 50% des parts) et l’entreprise italienne Eni ont débuté en 2006. EDF France et Wintershell se sont ajoutés par la suite pour assurer la liaison, via la Mer Noire, entre la Russie et le reste de l’Europe. Néanmoins, Gazprom étant l’actionnaire majoritaire du projet, toutes les décisions lui revenaient. Dans chaque pays traversé, les contrats étaient liés entre Gazprom et des compagnies locales. Ainsi, en Bulgarie, le contrat liait le fournisseur de gaz russe avec l’entreprise étatique BEH (Bulgarian Energy Holding). En Autriche, avec la compagnie privée OMV. En Slovenie, le contrat avait été signé avec l’entreprise Plinovodi qui alimente 70% du pays.

12% de la consommation de gaz européenne

 

Selon ITAR-TASS, l’agence de presse russe, cette rupture de contrat pourrait faire perdre 2,5 milliards d’euros aux partenaires européens. Celles-ci seront obligées de se tourner vers d’autres sources d’alimentations. L’alternative BP ramènerait du gaz depuis l’Azerbaïdjan mais ne fournirait qu’un 1/6 de ce qu’aurait fourni le South Stream. Israël s’est proposé d’acheminer du gaz en provenance de Chypre. Mais aucune des propositions ne semble aussi rentable que le projet South Stream

La Bulgarie a recontacté Moscou pour confirmer que le projet était bel et bien abandonné et négocier une possible reprise de contrat. La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé lors d’une rencontre avec le premier ministre bulgare Boïko Borisov être défavorable à l’annulation du projet South Stream. Pourtant, le plan de Poutine semble définitif : faire transiter le gaz via la Turquie pour ensuite l’envoyer en Grèce.

Une stratégie politique derrière des mouvements financiers

 

Construire un pipe-line au travers de la mer Noire était principalement une stratégie pour isoler l’Ukraine, au travers de laquelle transite la majeure partie des exportations de gaz russe pour l’Europe. Détourner cet apport en gaz aurait augmenté la dépendance de l’Ukraine envers la Russie et renforcé la présence politique du Kremlin dans les Balkans.

Vladimir Poutine justifie sa décision en reprochant à l’#Union Européenne de ne s’être pas suffisamment impliqué dans le projet. D’abord, en attaquant le pipe-line sur le plan légal. L’UE jugeait qu’une compagnie ne pouvait être propriétaire à la fois du pipe-line et de son contenant. Ensuite, certains partenaires semblaient se rétracter. La Bulgarie avait stoppé sa construction suite à une enquête de l’UE, l’Italie avait sorti le projet de ses priorités et le cours du gaz avait considérablement baissé.

Dans ce jeu d’échecs, la Russie semble faire une pression économique sur les Balkans pour augmenter son influence politique dans la région. Si le président russe se défend en avançant des arguments économiques, son choix de se tourner vers la Turquie a des airs de pied de nez devant l’Union Européenne, toujours indécise quant à l’entrée de la Turquie dans l’Europe des 28.