« Dimanche noir pour la démocratie », « coup d'Etat ». Les opposants au régime du premier ministre turc Erdogan ont la gueule de bois ce lundi. Et ils ne peuvent que constater les dégâts après la vague d'arrestations qui a touché des médias d'opposition en Turquie. Hier, dimanche 14 décembre, une petite trentaine de personnes ont été arrêtées par la police. Parmi elles, le rédacteur en chef du journal Zaman, réputé proche de Fethullah Gülen, un opposant notoire à Erdogan exilé aux Etats-Unis. La « rafle » a aussi touché une chaine de télévision également accusée de sympathies « gülenistes ».

Pour justifier les arrestations de journalistes, le pouvoir en place a évoqué la lutte contre des terroristes.

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Les observateurs s'accordent à dire que la répression a surtout pour objectif de museler les opposants politiques au pouvoir d'Erdogan. D'ailleurs, la Haute Représentante de l'#Union Européenne pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, ne s'y est pas trompée. Dans un communiqué publié hier avec son confrère en charge de la politique de voisinage, elle écrit : « Les raids de la police et les arrestations de nombreux journalistes et représentants des médias en Turquie sont incompatibles avec la liberté de la presse, qui est un principe fondamental de la démocratie ». Et la commissaire européenne ajoute : « Ces opérations vont à l' encontre des valeurs de l'Europe que la Turquie aspire à rejoindre. Nous rappelons que l'avancée des discussions vers l'adhésion à l'Union dépend du respect de la loi et des droits fondamentaux par les pays candidats. »

Fin de non-recevoir venue d'Ankara

Ce lundi, les réactions se sont multipliées et sont toutes sur la même ligne.

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« La Turquie et la liberté de la presse vont dans deux directions différentes. Le raid sur Zaman est très troublant », a écrit Martin Schulz, le président du Parlement européen, sur Twitter en début d'après-midi. Comme tant d'autres utilisateurs du réseau social, il utilisait le hashtag #ÖzgürBasınSusturulamaz (« La presse libre ne peut être bâillonnée » en turc) pour manifester son indignation. Face à cette vague de protestation, le premier ministre turc a répondu, visant principalement la sortie de la commissaire européenne. Il a redit que les opérations de police étaient un problème interne dans lequel aucune puissance étrangère ne devait interférer. « Ils n'ont qu'à se mêler de leurs affaires », a-t-il lancé. Pas sûr que cette fin de non-recevoir venue d'Ankara apaise l'indignation générale qui est en train de se propager.