La voix rouillée, physiquement amoindri, Bouteflika se refuse de prononcer des discours qui risqueraient de le ridiculiser s'il s'adressait aux Algériens. Ne pouvant se déplacer sans un fauteuil médicalisé, l'ancien diplomate qui préside aux destinées de l'Algérie se contente d'accueillir des visiteurs étrangers. 

Apparaissant désormais le plus souvent assis, la seule fois où Bouteflika a été vu à la TV debout, depuis son AVC d'avril 2012, c'était pour accueillir John Kerry après sa réélection de 2014. Un dilemme taraude l'opinion algérienne encore traumatisée par la cruauté des années 90. L'ancien système du parti unique, qui joue sur cette peur, a encore entre les mains toutes les brides. Bouteflika est son atout majeur. Le moins mauvais pour la stabilité, selon les militaires… 

Ayant acquis l'appui de l'armée pour affermir sa gouvernance et calmer le pays, Bouteflika prolonge son règne. Malgré sa lourde maladie, le conseil constitutionnel lui a pleinement donné son aval, au risque de se faire traiter de fantoche.  Un soutien qui avait été refusé à un certain Ali Keffy...

A cette désharmonie, se rajoute une révision constitutionnelle, qui par son silence, s'opère telle une procédure bureaucratique : votée et approuvée à l'assemblée nationale, comme jadis.

Depuis le 3ème mandat, la vacance constitutionnelle imposée par les tuteurs historiques.

En l'absence d'une dynamique démocratique, l'Algérie est de plus en plus incohérente. Dans l'atmosphère de la maladie visible du président et les chantiers institutionnels, qui sont lents et se déroulent sans enthousiasme, le relâchement est latent. Le pays est géré cahin-caha. 


L'adhésion frileuse et clivée de la population à ce climat de panne est sans issue, l'actuel président défie toute concurrence.  Dans un article de sa revue « El-Djeïch » paru en décembre de cette année, l'armée algérienne vient de remballer les demandes de destitution et l'application de l'article 88 de la constitution.


La population, prenant distance d'un changement de rupture, est motivée par une quête collective de stabilité. S'aventurer dans une révolte est consternant. Comme la « décennie noire », elle ne fera guère de bonheur. Elle draîne plutôt une phobie de l'effondrement.

Des factions criminelles, se revendiquant du Daesh au Moyen-Orient, continuent de frapper l'armée ou bien de s'attaquer aux civils.

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Le 12 décembre, le maire de Bordj, Emir-Abdelkader, au centre-nord  de l'Algérie (Meliana) a été blessé par balles puis achevé au poignard. 

Le droit de manifester perdu, pour une société désorganisée ! #Afrique #Démocratie

Cependant, rares sont les politiciens locaux, des anciens chefs de gouvernements ou leaders de partis, qui n'ont pas, dans leurs propos, la critique de « la vacance du pouvoir », à propos de Bouteflika. Sans pour autant persuader un quelconque mouvement social ou motiver une demande populaire vers un changement paisible. Aucune réforme ou programme de transition pacifique n'est encore visible... 


Cette situation ubuesque met sur la défensive l'opposition qui peine à se barder de l'adhésion populaire. Les demandes sociales et la colère populaire échappent, de faits, aux politiciens de l'opposition. Brimée du droit de manifester, les Algériens ont les stades de football pour se défouler et la religion pour réfléchir sur la morale sociale. 


Des émeutes sporadiques et récidivantes pour faire parvenir le gaz ou l'électricité aux villages éclatent à travers les régions. La dernière en date a eu lieu au début du mois de novembre, à Ouargala, dans le sud du pays. Les troubles se sont soldés par 3 morts et une centaine d'arrestations.