Moscou et Erevan entretiennent d'ordinaire d'excellentes relations. En témoignent la présence de nombreux soldats russes sur le sol arménien ou encore la volonté de l'Arménie de rejoindre l'Union Eurasiatique, un projet géopolitique cher à Vladimir Poutine. Pourtant, la lune de miel pourrait prendre fin. Lundi passé, un militaire russe faisant son service à Gyumri, une ville non loin de la frontière turque, aurait froidement abattu six personnes d'une même famille à l'aide de son arme de service. Une fillette de deux ans figure parmi les victimes. Le seul survivant était un enfant de dix-huit mois, blessé à l'arme blanche. Il est décédé aujourd'hui.

Gyumri est la deuxième plus grande ville d'Arménie et accueille la base militaire russe 102 et ses 3000 hommes. Valeri Permiakov, un appelé sibérien en poste dans cette base depuis deux mois, aurait déserté lundi passé. Il se serait rendu à pied dans une maison située non loin de là avant d'exécuter tous ses occupants. Des gardes-frontières russes ont réussi à l'intercepter peu après le crime, alors qu'il tentait de fuir en Turquie. Il est depuis lors détenu au sein de la base militaire. Il a reconnu les faits sans s'expliquer sur le motif.

Et c'est ici que ce qui n'est qu'un horrible fait divers devient un casse-tête politique. Moscou dit examiner une demande formulée par la police arménienne, demande exigeant que le suspect soit remis aux autorités locales. Cette requête respecte un accord signé en 1997 entre Moscou et Erevan. Selon ses termes, tout militaire russe commettant un crime en Arménie en dehors d'une base russe doit être jugé par un tribunal arménien. Ce que Moscou refuse, du moins pour le moment.

Il faut dire que le Kremlin est mal placé. D'un côté, Moscou se doit de satisfaire un allié précieux dans la région alors que la Géorgie et l'Azerbaïdjan s'ancrent tous les jours un peu plus dans le camp occidental, désireux d'avancer ses pions à toutes les frontières russes. De plus, Moscou se discréditerait en ne respectant pas un accord. Mais d'un autre côté, la #Russie ne peut pas livrer un de ses citoyens, militaire de surcroît, à un pays certes allié mais peu soucieux des droits de l'Homme. Le moment est d'autant plus mal choisi que le Kremlin semble avoir fait de la "défense des Russes, où qu'ils se trouvent", un nouveau leitmotiv de sa politique extérieure. L'intervention russe en Crimée, dans le Donbass ou dans les républiques séparatistes de Géorgie ne viennent qu'étayer ces propos.

Mais évidemment, le peuple est très loin de ces considérations géopolitiques. Il veut simplement que justice soit faite. Depuis une semaine, des manifestations éclatent dans les grandes villes. Tous les protestataires réclament que Valeri Permiakov, le soldat originaire de Sibérie, soit  remis à la justice arménienne qui a d'ores et déjà inculpé le suspect. Des échauffourées ont éclatées devant l'ambassade russe à Erevan, un drapeau a été piétiné. On dénombre plusieurs blessés. 

Le gouvernement arménien, un peu paniqué, a affirmé qu'un accord sitpulant que le soldat serait jugé en Arménie avait été trouvé. Ce qui n'a pas apaisé la colère des Arméniens qui redoutent que le soldat meurtrier  ne soit jugé par un tribunal militaire russe à Erevan.