Comme 31275 Français, Elodie a choisi la #Chine pour y vivre et fonder une famille. À 28 ans, elle travaille comme coordinatrice de projet dans une entreprise allemande à Shanghai et nous expose sa propre vision d'une expatriée dans un pays où tout paraît possible.

Blasting News : Pourquoi êtes-vous tout d'abord partie en Chine ?

J'ai effectué mon premier séjour en Chine en 2007 après mon BTS Commerce International. À la base, je voulais partir étudier au Japon, mais mon budget ne s'y prêtant pas j'ai opté pour la Chine qui était une solution économique, et qui je le pensais m'ouvrirait des portes une fois entrée dans le monde du travail.

Publicité
Publicité

J'ai étudié le chinois pendant un an et demi dans une université du nord de la Chine, puis je suis rentrée en France pour continuer mes études supérieures. Je suis revenue en 2010 pour un stage de 6 mois non conventionné après avoir validé ma licence (chose devenue quasiment impossible depuis la réforme des visas de 2013). À la fin de mon stage, j'ai été embauchée chez un sous-traitant de mon entreprise d'accueil, et cela fait maintenant 4 ans que j'y travaille.

Quel est l'intérêt pour un européen de s'y installer ?

J'entends beaucoup que c'est un must pour avoir un CV attractif en France (quoi que c'est devenu tellement commun ces dernières années, je ne sais pas si l'expérience d'expatriation en Chine a toujours autant de valeur). Mais la vérité est que seule une expérience courte "favorise" une recherche d'emploi une fois de retour en France et les DRH apprécient peu les profils trop sinisés car ils ne répondent plus au "conditionnement" des employés européens et ils ne souhaitent pas prendre le risque d'une réadaptation difficile...

Publicité

Je dirais cependant que la Chine offre des opportunités professionnelles incomparables aux jeunes diplômés et aux femmes (le "plafond de verre" étant beaucoup moins perceptible en Chine). Mais c'est beaucoup moins vrai pour quelqu'un qui tenterait d'y fonder son entreprise : venir travailler en Chine n'est pas difficile si on rejoint une structure déjà existante, mais c'est un vrai parcours du combattant pour ouvrir son entreprise.

Un étranger créant une structure sans partenaires chinois est obligé d'ouvrir une WFOE (Wholly Foreign Owned Entreprise) avec tous les difficultés que cela implique (apport financier important, taxation, audit...).

Que ressentent les Chinois face aux expatriés européens ?

Pour les Chinois que je connais, ils se font une raison. Ils considèrent que la différence de salaire n'est pas justifiée (mais comprennent que les étrangers refuseraient de venir travailler en Chine avec un salaire local) et considèrent que les étrangers n'ont aucune utilité dans le fonctionnement de la partie chinoise de l'entreprise (et je suis aussi d'accord), mais ils savent que les étrangers aiment bien avoir un intermédiaire étranger.

Publicité

Cela reste donc une nécessité pour l'image de l'entreprise. En gros c'est comme ça et pas autrement, mais ça changera un jour.

Que peuvent apporter les Européens aux Chinois ? Et vice-versa ?

À mon échelle, je dirais au jour d'aujourd'hui que les étrangers apportent un savoir faire (quoi que, ce n'est plus autant le cas qu'il y a quelques années) ainsi que des opportunités à l'international et que les Chinois apportent une connaissance du marché local.

Dans mon travail, j'ai remarqué une accélération de la "nationalisation" de nos clients, les postes clés étant occupés par des locaux et non plus des étrangers (achat, vente, projet...), et même de plus en plus au niveau de la direction.

Les Chinois reprennent leur juste place dans l'économie de leur pays.

Quelles sont les difficultés pour s'y expatrier ?

Je dirais premièrement le problème des visas. En octobre 2013, la Chine a modifié sa politique d'attribution des visas pour s'élever vers une politique d'immigration choisie; les stagiaires français étant particulièrement dans la ligne de mire.

Mais à partir du moment où un profil correspond aux critères d'attribution la procédure n'a rien d'insurmontable. Je ne pense pas que les expatriés avec un contrat d'expatriation aient des difficultés insurmontables car ils ont les moyens de se payer un style de vie occidental s'ils ne souhaitent pas vivre "à la chinoise".

Mais c'est une autre histoire pour les étrangers avec des contrats locaux, de plus en plus nombreux. Ils doivent faire face aux coûts importants de cotisation à la CFE pour leur assurance et cotisation retraite, doivent obligatoirement s'adapter au style de vie par soucis d'économie, n'ont qu'un visa précaire (les étrangers qui perdent leur travail ont moins d'un mois pour rentrer en France), et rencontreront justement des difficultés lors de leur retour en France, pour ce qui est de trouver un logement et un nouveau travail parce qu'ils ne rentrent plus dans les cases.

Quelles sont vos difficultés quotidiennes ?

Je vis en Chine depuis 6 ans et suis mariée à un Chinois. Je n'ai pas vraiment de difficultés quotidiennes, je parle couramment chinois et connais assez bien mon environnement pour tout faire par moi même.

Une bonne dose de pragmatisme m'a permis d'atteindre cet équilibre.