Un objectif : un marché de 11 millions de consommateurs

Au delà de la satisfaction de façade, l'annonce du dégel entre les deux pays n'a pas été de goût pour certains Etats, déjà proches de la Havane, qui redoutent l'entrée en piste des #Etats-Unis. Les réformes entreprises par M. Raul Castro ont pour but d'introduire progressivement l'économie libérale dans le pays. Certains y voit la fin de l'isolement de l'économie cubaine et par conséquent l'accès à un marché de 11 millions de consommateurs. Il y a là un paradoxe évident à considérer des individus pour la plupart rémunérés 20 dollars par mois, comme des consommateurs potentiels à moyen terme.

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Le projet cubano-brésilien de reconstruction du port de Mariel à l'Ouest de la Havane est au cœur des intérêts étrangers. D'envergure internationale, il sera le premier point de pénétration du nouveau #Cuba qui se dessine. Le projet est doté d'une zone franche : la Zone de développement spécial (ZED). D'une superficie de 465,4 km2, cet immense espace offre des perspectives alléchantes allant au delà de l'implantation du secteur tertiaire, c'est-à-dire l'implantation de centres de production à bas coûts aux portes de l'Amérique du Nord.

Le projet souffre toutefois du manque d'investisseurs conséquence directe de l'embargo. Tant que les Etats-Unis n'entrent pas dans des phases de négociations concernant Mariel, les pays intéressés ne peuvent que placer leurs pions au détriment de certains comme le Venezuela.

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Dans sa volonté de nouer de nouvelles amitiés afin de répondre à un urgent besoin de financement pour le développement de l'économie, Cuba s'est détourné de Caracas pour jouer la carte de l'intégration latino-américaine.

Le Brésil s'est taillé la part du lion

Ces dernières années, le Brésil s'est imposé comme l'un des nouveaux partenaires. Sentant le vent tourner avec les réformes de M. Raul Castro, le pays a tenu à profiter de cette dynamique. Les perspectives dessinées par l'élargissement du canal de Panama lui en ont fourni l'occasion.

Mme Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, a su exploiter le regain de popularité du Brésil durant la mandature de Lula et saisir l'opportunité offerte par l'éloignement du régime castriste vis-à-vis de Caracas. En 2009, le partenariat est conclu. Le Brésil prend en charge 70% du projet, soit 680 millions de dollars, le chantier revient à sa compagnie Odebrecht, et ses entreprises obtiennent l'autorisation d'investir dans la ZED.

Ce coup diplomatique révèle au passage la volonté brésilienne d'établir d'abord des partenariats durables dans les Caraïbes pour pouvoir ensuite mieux revendiquer une zone d'influence à la lisière du golfe du Mexique.

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Des Etats s'engouffrent dans le sillon brésilien

Le lancement des travaux a fini par convaincre les autres Etats de la clairvoyance de l'opération brésilienne. Le Mexique et la Russie, intéressés par les réserves supposées de pétrole au large de Cuba ont tout deux effacé une grande partie des dettes que le régime leur avait contracté et rappellent sans cesse les liens forts unissant leurs pays. Les 2,6 milliards de dollars restants à payer à la Russie seront placés par les autorités cubaines sur des comptes spéciaux destinés à être réinvestis dans la ZED. M. Vladimir Poutine s'est assuré de la participation de son pays aux changements à venir.

Au delà du Mexique et de la Russie, l'Argentine, le Chili, la Chine et la République dominicaine ont déjà manifesté leurs intérêts pour la ZED. Pour Pékin, le retour prochain des Etats-Unis ne représente pas une menace et pour cause, la majeure partie des navires à destination de l'Atlantique transitant par Panama transporte des conteneurs provenant des grands ports chinois. Il est dans son intérêt que de nouveaux hubs se car l'impact commercial du pays dans la région s'en trouve amélioré. Dans sa boulimie énergétique la Chine se focalise plutôt sur les ressources fossiles.

La récente normalisation des relations inquiète ces Etats, bien qu'ils aient besoin de la fin de l'embargo pour pouvoir s'implanter à 100% sur l'île. Ils craignent que le rapprochement se fasse au détriment du travail accompli, autrement dit que les Etats-Unis parviennent par on ne sait quel miracle à rafler la mise. Tout dépend des conditions qu'arrivera à imposer Washington.

Toutefois, il ne faut pas se leurrer, même si chacun se dispute des miettes, et même si les Etats-Unis ne lèveront pas l'embargo sans contrepartie, c'est d'abord Cuba qui gagne la partie.