Déception. C'est le mot qui revient en boucle dans la bouche des autorités israéliennes lorsqu'elles évoquent le comportement de la France ces derniers jours. Les responsables du ministère israélien des affaires étrangères ont eu l'occasion de le dire en direct à Patrick Maisonnave, ambassadeur de France à Tel-Aviv. Convoqué ce vendredi au ministère, il a dû s'expliquer sur le soutien apporté par Paris à la résolution présentée le 30 décembre à l'ONU par la Jordanie. Et en a profité pour rappeler la position de la France qui consiste à appeler les deux parties au dialogue pour éviter les démarches unilatérales qui ne font qu'accroitre les crispations.

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Acte 1 : la résolution jordanienne rejetée par le Conseil de Sécurité

Ces nouvelles tensions interviennent alors que le ballet diplomatique a repris cette semaine. Le premier acte s'est donc joué mardi 30 décembre à New York, au siège de l'ONU. Les 15 membres du Conseil de Sécurité ont rejeté un projet de résolution présentée par la Jordanie au nom de la #Palestine. Cette dernière ayant simplement le statut d'observateur, elle ne peut pas déposer de textes. Au Conseil, la majorité pour adopter une résolution est fixée à 9 voix, seuls 8 Etats ont voté pour le texte. La France en fait partie, ce qui explique le coup de sang de Tel-Aviv. L'Australie et les Etats-Unis ont, sans surprise, voté contre le projet et les 5 autres pays se sont abstenus.

Le représentant permanent de la France à l'ONU, François Delattre, a justifié sa décision.

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Il a d'abord rappelé que deux menaces pèsent sur les négociations de paix : « la solution nécessaire des deux Etats est en passe de devenir un mirage », et « les cycles de violences s'accélèrent de Gaza à la Cisjordanie en passant par Jérusalem ». Craignant un « embrasement généralisé », l'ambassadeur a appelé la communauté internationale à prendre ses responsabilités dans le règlement du conflit : « C'est ce à quoi ce Conseil et ses membres étaient appelés aujourd'hui. A exercer pleinement leur responsabilité au titre du maintien de la paix et de la sécurité internationales. »

« C'est donc poussés par l'urgence à agir, par la nécessité profonde d'une adaptation de méthode, par la responsabilité qui incombe à chaque membre du Conseil de sécurité, que nous avons voté en faveur de la résolution présentée par la Jordanie. » Avant de conclure : « La France regrette qu'il ne soit pas possible aujourd'hui d'aboutir à un consensus sur ces points qui devraient réunir la communauté internationale. Mais nos efforts ne doivent pas s'arrêter là ; notre responsabilité est d'essayer encore. Avant qu'il ne soit trop tard. »

La résolution prévoyait le départ des troupes israéliennes d'ici 2017

Le texte présenté par la Jordanie prévoyait de lancer de nouvelles discussions d'une année.

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Elles auraient du aboutir à une « solution pacifique juste, durable et globale » prévoyant le départ des Israéliens des Territoires occupés de Cisjordanie d'ici fin 2017. Comme c'est le cas dans chaque projet de résolution régulièrement présenté par les pays arabes sur la question israélo-palestinienne, le texte de cette semaine s'arrêtait aussi sur le statut de Jérusalem « comme capitale des deux Etats », et sur les questions « de l'eau et des prisonniers ». Enfin, le communiqué de presse de l'ONU précise que la résolution visait à demander « un nouveau cadre de négociations garantissant la participation active des principales parties prenantes aux côtés des deux parties, afin d'aider celles-ci à parvenir à un accord dans les délais établis ».

Suite au vote du Conseil, le ministre israélien des affaires étrangères a publié un communiqué. « L'échec de la résolution palestinienne doit faire comprendre aux Palestiniens que la provocation et les tentatives d'imposer des mesures unilatérales contre #Israël ne réussiront jamais. Au contraire », peut-on lire dans le texte disponible sur le site du ministère. Et le ministre Avigdor Liberman ajoute : « Un Etat qui souhaite vraiment trouver une solution au conflit doit se comporter d'une manière responsable et montrer clairement aux Palestiniens que les décisions doivent être prises par la négociation. »

Acte 2 : la Palestine demande l'adhésion à la Cour Pénale Internationale (CPI)

Du côté palestinien, la réaction au vote de l'ONU a été très différente. Mercredi 31 décembre, Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, a mis ses menaces à exécution et signé la demande d'adhésion de la Palestine à la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye. Cette démarche, si elle est acceptée par l'organisation, autoriserait la délégation palestinienne à demander des enquêtes pour crimes de guerre contre des responsables israéliens. L'action de cet été à Gaza est particulièrement visée par Mahmoud Abbas.

La perspective, encore lointaine, de voir débarquer des inspecteurs internationaux à Tel-Aviv ne semble pas inquiéter Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien. « C'est l'Autorité Palestinienne - qui fait partie d'un gouvernement d'union avec le Hamas, une organisation terroriste qui est coupable de crimes de guerre - qui mérite de se retrouver devant la Cour Pénale Internationale de La Haye. Nous allons prendre des mesures en conséquence et nous défendrons les soldats de notre armée, l'armée la plus morale du monde », écrit-il dans un communiqué. Le moins que l'on puisse dire est que le passage à la nouvelle année n'a pas calmé les ardeurs des deux parties !