Shin Dong-hyuk est une exception, un véritable témoin de la situation nord-coréenne.

En 2005, il a vingt-trois ans et c'est cette année qu'il décide de tenter le tout pour le tout : quitter la Corée du nord, son pays natal. Aujourd'hui, ce serait la seule personne au monde à être née dans le centre de détention de Kaechon et à en être sorti vivant. Mieux que ça, il est en vie, a reçu la nationalité sud-coréenne et peut nous transmettre la réalité de la vie dans les goulags nord-coréens.

En 2012, Blaine Harden recueille l'incroyable témoignage de Dong-hyuk dans un livre devenu best-seller, Rescapé du camp 14.

L'histoire

Né d'une union arrangée par les autorités en guise de récompense pour un service rendu, Shin grandi au sein du camp de Kaechon à Shin In Geun.

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Vivant avec sa mère et son frère, il ne voit quasiment jamais son père logeant dans les baraquements avoisinants. Tous trois ont bénéficié d'une petite maison dans un lotissement témoin, maisons offertes aux mères de familles. Shin confesse qu'il verra sa propre mère comme une adversaire, car responsable de l'amenuisement de leurs rations alimentaires.

Ce caractère froid et dénué de compassion est entretenu par un environnement où règnent la misère et la violence. Son premier souvenir marquant remonte à sa quatrième année alors qu'il assistait à une exécution publique. Un an plus tard, son professeur d'école tuera une écolière sous ses yeux pour avoir volé des graines afin de se nourrir. Aucune compassion n'animera le jeune garçon ; pour le coréen modèle, la victime avait mérité son châtiment.

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Contrairement à ce que l'on pourrait penser, son éducation scolaire n'était pas centrée sur la déification du dictateur au pouvoir. Lui qui a vécu sous les égides dictatoriales successives de Kim Il-Sung et Kim-Jong Il déclare notamment que les cours du secondaire « étaient un peu plus tolérables que le quartier des esclaves où il fut envoyé épierrer, désherber ou labourer ».

C'est donc dans des salles de cours exemptes de portraits du chef de l'État que Shin suivra des enseignements dépourvus d'histoire-géographie du pays et de propagande. Un aspect cependant est inculqué avec insistance : la bonne moralité de la délation.

À treize ans, il surprend une conversation entre sa mère et son frère, ceux-ci planifient une évasion. Aveuglé par l'endoctrinement dont il est sujet, il n'hésitera pas à aller dénoncer sa propre famille au concierge de son école, persuadé qu'on le récompenserait par de la nourriture.

Au lieu de cela, les autorités sont prévenues et emprisonnent Shin, soupçonné d'avoir participé au développement du plan.

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Il sera torturé quatre jours durant. Emprisonné, il restera sept mois dans une cellule de béton avant d'être finalement rejoint par son père. Nous sommes en 1996, et les deux sont un jour libérés. Les yeux bandés, ils sont conduits au camp principal, sur la grand-place. Ils seront forcés à regarder l'exécution de la mère et du frère de Shin.

Ce dernier confesse qu'il n'a, là non plus, ressenti aucune émotion. Meurtri par la torture et son emprisonnement, pour lui les responsables se trouvent alors sur l'échafaud et méritent la mort.

L'évasion

Plusieurs années plus tard, Shin travaille dans une usine de textiles, il devient ami avec un réfugié politique d'une quarantaine d'années surnommé Park. Il est originaire de Pyongyang, la capitale. De part son ancienne fonction, Park a eu la chance de voir l'extérieur d'un camp, il a voyagé hors de la Corée du Nord. À son contact, Shin acquiert de nouvelles connaissances, entend parler de l'existence de nourritures qu'il n'aurait même pas imaginées. Rêvant de tester multitudes de nouvelles denrées, Shin avouera même: « pour moi, la notion de liberté s'apparente à un poulet rôti. »

En janvier 2005, ils sont assignés à un travail situé à 400 mètres d'altitude, à proximité d'une clôture électrique.

Constatant un laps de temps assez important entre les tours de garde, les deux prisonniers décident aussitôt de ramper sous la clôture. Cette décision sera fatale pour Park qui sera électrocuté. Shin n'abandonne pas, utilisant le corps de son ami en guise de bouclier humain, il se faufile face contre terre. Le corps de Park protège Shin d'une mort certaine. Sévèrement brûlé mais de l'autre côté de la clôture, il trouvera refuge dans une grange. Coup de chance, un vieil uniforme militaire s'y trouve.

Il se sustente alors en volant de la nourriture dans les habitations avoisinantes. En vendant un sac de riz, il obtient de l'argent, un système de transaction encore étranger pour lui. Avec, il achète des gâteaux et des cigarettes, qui lui serviront à soudoyer deux gardes frontières démis de leurs fonctions. Il est arrivé en Chine.

C'est finalement à Shanghai que son histoire sera découverte par un journaliste. Celui-ci l'emmènera en Corée du sud pour qu'ils lui offrent l'asile. Il sera interrogé intensivement par les autorités, le soupçonnant d'être un espion ou un assassin.

Une histoire vraie ?

Le témoignage de Shin Dong-hyuk est particulièrement incroyable. Violente, triste, effrayante et révoltante nous sommes face à un récit que personne ne peut vérifier.

Unique personne à pouvoir nous transmettre des informations d'une telle ampleur, l'ultime choix que l'on peut faire et de le croire ou non. Blaine Harden toutefois étaiera les dires de Shin en enquêtant en Corée du nord et en interrogeant d'anciens gardes de camps.

Shin vivant à présent aux États-Unis. Il a depuis confessé être rongé par la culpabilité. Responsable de la mort de son frère et de sa mère et probablement d'autres punitions occasionnées par ses délations, il se déclare libre physiquement mais pas psychologiquement.

Récemment, Blaine Harden a communiqué sur son site Internet que Shin était revenu sur quelques détails de son histoire.

« Vendredi 16 janvier, j'ai appris que Shin (...) avait confié à des amis une version de sa vie sensiblement différente de celle figurant dans le livre (...) Je l'ai contacté et lui ai demandé des explications sur ces changements et sur les raisons pour lesquelles il m'avait induit en erreur. »

Shin déclare au Washington Post ne pas pouvoir revenir sur ses déclarations, le travail psychologique impliqué étant « trop douloureux ».

Ces modifications qu'il pensait mineures concernent la torture qu'il aurait subie à 20 ans et non 13 ans mais aussi l'exécution de sa mère et de son frère à laquelle il n'aurait pas assisté.

Il est courant que les personnes victimes de violences disposent d'une mémoire sélective, omettant involontairement (ou pas) des détails trop traumatisants, afin d'éviter un quelconque conflit psychologique.

Shin Dong-hyuk s'est d'ailleurs excusé pour cela. Depuis son évasion, Shin menait un combat humanitaire de tous les jours pour éveiller les consciences sur la situation en Corée du nord. A 32 ans, il a pourtant décidé de mettre fin à cet engagement.