Depuis plus d'une semaine maintenant, deux mots raisonnent un peu partout dans le monde. Deux mots englobant un concept universel ; liberté et expression.

Pourtant, en matière de liberté d'expression, les bornes sont parfois dépassées. Certains la brident, d'autres vont au-delà ; certains en jouent de façon malsaine, d'autres l'emploient maladroitement...Un exemple ? Le premier ministre turc Ahmet Davutoğlu.

Musulman à tendance conservatrice, Davutoğlu a certes prouvé qu'il n'avait pas la langue dans sa poche ; alors qu'il s'entretenait avec la presse à Ankara, la capitale turque, en déclarant :

« Comme les terroristes qui ont perpétrés les massacres de Paris, Netanyahu a commis des crimes contre l'humanité à la tête d'un gouvernement qui a massacré des enfants qui jouaient sur les plages de Gaza.

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»

Israël - Turquie : une relation glaciale

Les relations entre Turquie et Israël sont devenues tendues il y a cinq ans environ, lorsque l'armée israélienne a tué dix turcs membres d'une Organisation Non Gouvernementale espérant mettre fin au blocus de Gaza. Aussi, le Président turque Erdoğan a déclaré il y a quelques mois que Netanyahu avait dépassé « Hitler en matière de barbarie. »

Si les faits concernant le Premier Ministre israélien sont avérés, il faut cependant savoir balayer devant sa porte lorsque l'on assène certaines accusations ou lorsque l'on se veut garant de certaines valeurs.

Provoc' un jour, provoc' toujours

Après les attaques ayant endeuillé la France la semaine dernière, #Charlie Hebdo est vite remonté en première ligne. Désormais symbole martyr de la liberté d'expression, son nouveau numéro tiré exceptionnellement à trois millions d'exemplaires représentait en une Mahomet versant une larme et se déclarant « être Charlie ».

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Inévitablement, réitérer le coup de la caricature du prophète musulman allait faire grincer quelques dents, et Davutoğlu s'est empressé de critiquer cette décision éditoriale militante :

« La publication de cette caricature est une grave provocation (...) la liberté de la presse ne signifie pas la liberté d'insulter (...) Nous ne pouvons accepter les insultes faites au prophète. »

En Turquie pourtant, le journal d'opposition Cumhuriyet a tenu à apporter son soutien au journal satirique français. Sans toutefois publier la caricature en question, elle a proposé en ses pages des morceaux choisis.

Dès la fin de son impression au beau milieu de la nuit, des troupes policières ont reçu l'ordre d'inspecter les camions de livraison dans le but de contrôler le contenu du journal turque. N'y trouvant aucun matériel litigieux, les camions ont alors été libérés.

Pour le syndicat des journalistes de Turquie, la limite était d'ores et déjà franchie, affirmant un comportement anticonstitutionnel portant atteinte au droit à l'information et aux libertés d'expression et de pensée.

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Crimes contre l'humanité, liberté d'expression bâillonnée,...tout ceci semble d'autant plus ubuesque que Davutoğlu remontait le Boulevard Voltaire lors de la marche historique du 11 janvier aux côtés de...Benjamin Netanyahu.