Les origines flibustiers des descendants de l’ile de la Tortue ont-elles rendu les Haïtiens hardis navigateurs ? Peut-être, mais ce sont plus probablement les conditions économiques désastreuses, qui allant toujours dans le mauvais sens, ne laissent pas vraiment le choix. 

Pêcheurs côtiers dans un premier temps. bon nombre furent obligés de changer de cap. La surexploitation des ressources en poisson et les changements importants subis par les zones côtières (les terres ravinées provenant des collines et montagnes déboisées, se retrouvent peu à peu en mer, modifiant l’écosystème) réduisant considérablement les prises. 

On peut croiser les navires haïtiens, dans les eaux des Bahamas, paisibles navigateurs, chassant uniquement les surplus et rebus de la société de consommation, importés des Etats-Unis dans les hauts lieux touristiques, comme Nassau par exemple. Ce sont souvent de grosses et lourdes barques en bois  à moteur, naviguant lentement. Ces bateaux défient constamment la loi d’Archimède, surtout à pleine charge. La flotte Haïtienne est à l’image de l’économie nationale, elle a du mal à rester à flot. 

Le voyage aller se fait à vide, ils n’ont plus rien à exporter, hormis des migrants. À Nassau ils récupèrent tout ce qui peut servir en #Haïti après réparations ou transformations. Vélos, motos, réfrigérateurs, tout est bon pour essayer de faire un peu d’argent. Ils chargent au maximum le bateau, qui ressemble plus à un dépôt de ferraille qu’à un navire, tant les tas sur le pont sont impressionnants. Cela donne un fardage important et une grande prise au vent ce qui peut être dangereux... 

Au début du  voyage de retour,  la navigation ne pose pas de gros problèmes, eaux peu profondes, dans l’espèce de grand lagon, protégè de l’océan Atlantique, par les iles et les barrières de corail. Mais au bout des Acklins Islands, commencent les difficultés.

La prochaine ile se trouve à 80 milles nautiques, plus de barrière de corail protectrice, c’est l’océan Atlantique, de très forts courants souvent contradictoires en fonction des vents, rendent la navigation mal aisée.

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La mer pouvant se déchainer rapidement, sans avertissement, éprouvante pour les hommes et bateaux, comme en Méditerranée...

Le temps qui s’écoule n’est pas pour les Haïtiens un problème, leurs origines africaines les rendent patients. Si la mer est mauvaise, ils attendront sagement dans une anse la clémence des éléments. Une fois atteint l’ile de Great Inagua, une étape d’une vingtaine de miles les attend encore pour enfin rentrer à la maison, Cap Haïtien ou Port aux Prince. En cas de problèmes durant cette dernière partie, ils s’échoueront sur Cuba, les courants portant dans cette direction...

Restera à valoriser la cargaison...