L'Etat islamique est à la une de l'actualité dans tous les médias du monde. Il est considéré par beaucoup de chancelleries occidentales comme l'ennemi à abattre. Mais si le ton est donné, la pratique est tout autre. Et les efforts mis en place pour le contrer posent question. « On crée une immense coalition pour mener la guerre contre le terrorisme. Mais sur le terrain, en pratique, il n'y a que quelques frappes aériennes sans dispositif sur le terrain », explique le spécialiste de la région. « C'est une guerre de très faible intensité point de vue militaire mais très forte point de vue médiatique ».

Actuellement, l'Etat islamique, c'est environ 30 000 combattants qui s'installent dans des zones évacuées par d'autres acteurs. Il semble se répandre telle une tâche d'huile. Mais aux dires de Peter Harling, il ne s'agit pas d'un adversaire redoutable. « Il a beaucoup de mal à mettre en œuvre un vrai projet de gouvernance et ses ressources matérielles ne sont pas si énormes qu'on ne le croit. L'Etat islamique est la conséquence d'une situation qui se dégrade dans la région depuis quatre ans ».

En lançant de tels propos, on sent le spécialiste désireux de donner un coup de pied dans la fourmilière. Pourtant, il ne croit pas que la situation va changer de sitôt, du moins pas en 2015. « Peu de choses ont changé et je crois que l'on va assister à un statut quo en 2015. Les USA nous font croire qu'on peut traiter avec un gouvernement irakien stable et un pays en processus de construction. Mais la réalité est une érosion de l'Etat avec un glissement du pouvoir vers des milices soutenues par l'Iran. Les milices chiites grossissent et les élites sunnites se détachent. L'Etat islamique est sunnite et il existe donc une absence d'alternatives ». Le cas de la Syrie est encore différent avec un régime qui semble se satisfaire d'avoir un adversaire terroriste à combattre pour renforcer sa légitimité. « Ces quatre dernières années, le régime Assad a refusé quel que changement que ce soit », souligne le Directeur de projet à l'International Crisis Group. « En 2015, le régime syrien continuera à se satisfaire de ces terroristes ».

Vous l'aurez donc compris, pour ce spécialiste du Moyen-Orient, la situation ne va visiblement pas évoluer de sitôt : une coalition internationale qui lutte à demi-mots, des structures étatiques qui s'affaiblissent en Irak et un régime syrien qui se contente du pourrissement de la situation. Pour Peter Harling, la conclusion est sans équivoque : « Aucun des acteurs ne cherche une logique de rupture ».