Brassard floqué d'une croix gammée, petite moustache significative et tenue militaire : la Une de l'hebdomadaire arabophone marocain Al Watan Al An datée du 28 janvier ne laisse planer aucun doute. C'est bien la France qui est montrée du doigt et plus précisément son président, #François Hollande, "déguisé" pour l'occasion en Adolf Hitler. Une image choc accompagnée d'un titre non moins accusateur : "Les Français vont-ils faire renaître les camps de concentration d’Hitler pour exterminer les musulmans ?".

Interrogé sur ce choix éditorial par TelQuel, un média marocain francophone, Abderrahim Ariri, directeur de la publication d’Al Watan Al An, a pleinement assumé la décision prise par l'hebdomadaire, précisant même que c'était "très peu à l’encontre du président français" et qu'il "méritait pire". Abderrahim Ariri reproche tout particulièrement au gouvernement français de ne pas prendre davantage en considération les nombreux actes d'islamophobie enregistrés depuis le 7 janvier, date des attaques terroristes dont a été victime la France.

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"Plusieurs lieux de culte musulmans sont attaqués quotidiennement sans que cela n’alerte les autorités françaises", a-t-il ainsi confié à TelQuel.

La traduction d'un malaise au sein de la société marocaine

La publication de cette "Une" intervient dans un contexte particulier : d'abord parce que les rapports diplomatiques entre Paris et Rabat sont quelque peu tendus depuis mars 2014 et que les manifestations et actions "anti-françaises" se multiplient depuis plusieurs jours à travers le monde. Interrogé par Francetvinfo, Aïcha Akalay, directrice de la publication de TelQuel, détaille davantage les éléments de contexte : «Scandaleux vu de France, ce discours est symptomatique. Cela traduit un malaise au sein de la société marocaine. À la fois un malaise des Marocains vis-à-vis des amalgames qui sont faits entre les musulmans et les terroristes et un malaise dans les relations entre la France et le Maroc.»

Si l'Elysée n'a pas (encore) réagi, il n'en demeure pas moins que cette offensive médiatique pourrait coûter cher à l'hebdomadaire marocain. Toujours selon Telquel, l’article 52 du Code de la presse marocain stipule en effet que «l’offense commise publiquement» envers un chef d’Etat étranger est punie d’une peine d’un mois à un an de prison assortie d’une amende.

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