Dans une dépêche de l'agence officielle algérienne « APS », du 27 décembre reprenant un communiqué des services de sécurité, il est relaté que la brigade territoriale de la Gendarmerie Nationale (GN), dans la wilaya (département) de Bouira (centre-nord, en Kabylie), a démantelé un groupe de trafiquants de devises. Au moment de leur arrestation et après une fouille minutieuse de deux véhicules, les trafiquants transportaient 1.179.880 euros, 300.000 dollars, 195.550 dinars et 15,258 kg d'or. 


Depuis les années 70, le fléau existe et parasite l'économie. Les autorités font souvent de telles prises. Le plus fréquemment, ces captures s'effectuent aux postes frontières ou dans les aéroports. Le dispositif de régulation de la monnaie nationale ne dissuade pas les réseaux de trafic de devises, puisque les chiffres sont en croissance. Des rapports d'observateurs, comme les ONG, attribuent une perte sèche de 15,573 milliards de dollars pour l'#Algérie en une décennie, entre 2003 et 2012.

Cette criminalité du change parallèle, auquel s'adonne ouvertement la communauté vivant à l'étranger et les locaux transposant leurs fortunes d'Algérie sous des cieux attractifs, brassent des sommes colossales. Des retraites venant de France sont aussi distribuées par les banques en billets étrangers, l'Etat est désarmé envers cet autre circuit ! 


année

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

total

Millions$

490

751

189

2259

1301

3378

3172

1406

187

2620

15573

Données paruesdans un rapport sur les flux financiers illicites du monde en développement, de Global Finance Integrity (GFI). 

Dans toutes les villes d'Algérie des lieux, comme des cafés, des places publiques ou des parcs de verdure dont « Square Port-Saïd » à Alger, sont consacrés à la convertibilité informelle du dinar.

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Communément désignées « la bourse », pour l'équivalence qui démontre la valeur, en temps réel, du dinar algérien, ces coins de rues ne sont que la partie apparente de l'iceberg.

L'euro, ayant le plus de billets en circulation, est favorablement côté partout en Algérie, à 150 fois plus de la monnaie locale. La devise européenne a remplacé le franc français et fluctue selon les capacités des fuites, vers l'extérieur, et la disponibilité de son flux entrant, proposé par les émigrants et autres retraités. 


L'ensemble de l'économie rentière du pays, ne produit pas de richesses pouvant aussi attirer des devises en dehors de l'aléatoire rente pétrolière. Elle est à l'origine de l'existence des circuits parallèles du système banquier. 150 euros sont échangés aux algériens détenant un visa, le touriste algérien est un client potentiel, un accro aux emplettes.

Les franges de la population qui s'enrichissent ressentent le malaise de l'insécurité conjuguée à un mode de vie malheureusement, à tendance plus islamisé que démocratisé.

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Elles préfèrent rejoindre un habitat, ou un investissement, sécurisé dans d'autres pays. Ces gens commencent par prospecter en touristes, puis achètent une boutique et un logement.

L'outil juridique et monétaire officiel n'a pas d'emprise sur les mécanismes de son rapport à d'autres devises. Cette désarticulation économique est à l'image de la carence d'une industrialisation pouvant engranger et proposer une production… L'ansej (programme gouvernemental pour les initiatives des jeunes) n'a pas enfanté des artisans, des entrepreneurs et des créateurs qui exportent, même si certains se sont lancés dans les services comme les transports…

C'est aussi une partie des opérateurs économiques qui a recourt aux circuits de trafiquants pour disposer de devises fraiches en contrepartie de capitaux échappant à la fiscalité locale. Une autre catégorie s'adonne au change informel, pour acquérir des intrants ou des matières premières. Par ailleurs, une flopée d'importateurs s'adonne à la surfacturation pour sortir des capitaux…

Au niveau mondial, c'est la Chine qui est la plus touchée par la fuite des capitaux.

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La Russie est en seconde place.