Blasting News : Quelle est votre première réaction face à ces œuvres détruites ?

Eric Delpont : J'ai découvert ces images jeudi soir. J'ai tout d'abord été effondré, mais ce sentiment a ensuite fait place à de la révolte. Comment ont-ils pu faire ça ? C'est un manque total d'ouverture d'esprit ! Le patrimoine est l'identité d'un peuple, d'une nation. Leurs arguments sont absurdes, car ces statues ne représentaient pas forcément des divinités, mais aussi des rois. Elles sont également sorties de leur contexte car elles se trouvaient dans des musées, et sont donc désacralisées !

Je trouve qu'ils ont également une attitude ambivalente. Ils détruisent ces œuvres, mais on sait très bien qu'en Syrie, ils en revendent sur le marché noir pour remplir leurs caisses.

Quelle importance culturelle avaient-elles ?

C'est un témoignage universel avant tout. L'archéologie de l'Orient ancien est née au 19è siècle. Ce sont les Occidentaux qui ont commencé les premières fouilles et ont fait les premières découvertes, mais les pouvoirs locaux se sont réapproprié tout ça après la Deuxième Guerre Mondiale. Elles appartiennent donc directement au pays, aux populations, au peuple de ces régions ! C'est leur patrimoine, même si on peut dire qu'il est le nôtre aussi puisque l'Occident a fortement été influencé par le croissant fertile.

Pourquoi donc avoir détruit ces œuvres ?

Je pense que c'est une opération de communication avant tout, en visant surtout l'étranger par rapport à la population locale, qui de toute façon connaît ces œuvres. C'est une sorte de continuité de ce qu'il s'est passé avec Charlie Hebdo. Ils se disent « vous nous avez attaqué en dessinant le prophète ? Regardez ce qu'on fait avec vos images à vous ! ».

N'y a-t-il pas moyen de protéger ces œuvres qui pourraient tomber aux mains de l'Etat islamique ?

La question se pose. À Tombouctou en 2012, lorsque des extrémistes avaient détruits des manuscrits, la population locale avait tenté de les protéger. Dans le cas actuel, c'est également le rôle des locaux que de préserver et protéger leur patrimoine. Nous, nous ne pouvons rien faire. Il faut savoir que si plusieurs œuvres ont été détruites, d'autres ont également été pillées. Elles se retrouveront un jour ou l'autre sur le marché noir, et c'est à ce moment-là que la population devra faire son devoir, retrouver et restituer les œuvres perdues aux autorités compétentes.

Ce n'est pourtant pas la première fois qu'un groupe extrémiste détruit des biens du patrimoine. Pourquoi une telle réaction aujourd'hui ?

C'est vrai que ce n'est pas la première fois. C'était moins spectaculaire à Tombouctou parce qu'il s'agissait de manuscrits inconnus de nous. Les œuvres qui ont été détruites à Mossoul sont ici quelque chose que tout le monde peut reconnaître. C'est une attaque « œil pour œil, dent pour dent ». #Art #Etat Islamique