BLASTING NEWS. Comment la société japonaise a-t-elle vécu l'assassinat de ses deux compatriotes ?

Karyn Nishimura-Poupée. La population est vraiment choquée. Et d'autant plus apeurée que les médias ont insisté sur les menaces du groupe État islamique à son encontre dans la dernière vidéo de décapitation de Kenji Goto. Les Japonais se demandent pourquoi on leur en veut tant alors que leur pays est pacifique et donne de l'argent au Moyen-Orient.

Comment a été jugée l'action de Shinzo Abe et son gouvernement durant cette crise?

Globalement bien, d'après les sondages. Mais le débat existe sur la pertinence de ses propos au Moyen-Orient alors même que deux Japonais étaient détenus par l'État islamique.

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M. Abe a dit donner 200 millions de dollars pour soutenir le combat contre l'#Etat Islamique avant de rétropédaler avec l'ensemble de son équipe. Il a ensuite dit qu'il s'agissait de dons humanitaire à l'attention des réfugiés victimes des avancées de l'État islamique. Il aurait fallu bien insister sur ce point dès le départ si tel était vraiment l'objectif.

Que pensez-vous du désir de Shinzo Abe de modifier la Constitution ?

La révision de la Constitution est une ambition qui existe dans le parti de M. Abe depuis 1955, l'époque de son grand-père Kishi. M. Abe en a fait un objectif depuis qu'il a été Premier ministre la première fois en 2006-2007. Il avait déjà engagé un certain nombre de procédures afin d'y parvenir. Mais il faut deux tiers du Parlement, 50% de la population… Cela n'a rien à voir avec la crise des otages et peut prendre encore des années à se concrétiser.

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En revanche, cette crise lui permet de contourner les obstacles via une réinterprétation de la loi fondamentale. Dans le cadre d'un texte sur la "défense collective", le #Japon pourrait aider un pays allié sur un terrain d'affrontement extérieur et éventuellement utiliser le même outil légal pour tenter de venir au secours de Japonais en danger à l'extérieur. Mais là encore, on est loin de son entrée en application et M. Abe souffle sur ce point le chaud et le froid.