La situation au Yémen est très grave... En effet, le pays est en train de sombrer dans le chaos. Les répercussions possibles en dehors de ses frontières sont réelles et peuvent mener à un embrasement de la région. L'#Arabie Saoudite, dont le roi Salman vient de prendre le pouvoir, se trouve confrontée à une équation bien difficile.

Très impliqué au Yémen, le royaume y tire pas mal de ficelles depuis longtemps, attisant savamment la rivalité des tribus, les unes contre les autres. L'Arabie Saoudite a apporté une aide financière de près de 4 milliards de dollars depuis 2012, à ce pays, en proie à une importante crise économique.

Les forces en présence

Mais ces derniers jours, la situation est en train d'échapper au roi Salman. En cause: la fulgurante percée des rebelles houthis, groupuscule zaïdite de mouvance chiite, qui se sont rapidement emparés du pouvoir, chassant ainsi le président Abed Rabbo Mansour El-Hadi. Et celui-ci avait en fait la bénédiction des États-Unis et de l'Arabie Saoudite.

Ces rebelles ne sont officiellement pas aidés par Téhéran, mais officieusement l'Iran ne se cache pas de "vouloir une forte présence chiite dans la région".

Face à eux, on trouve une vieille connaissance: l'AQPA, la branche ultra-dure d'Al-Qaïda. Le groupuscule est issu de la fusion des composantes saoudiennes et yéménites d'Al-Qaïda, après que les djihadistes sunnites d'Arabie Saoudite aient été chassés du royaume. Depuis lors, AQPA est principalement présent au Yémen.

Très déterminés, des combattants de l'AQPA ont annoncé mercredi dernier vouloir à tout prix défaire la milice chiite désormais au pouvoir, et se sont alliés à l'Etat islamique. Jeudi, ces djihadistes ont prouvé leur détermination en s'emparant du camp de la 19e brigade de l'armée yéménite, et en prenant ainsi possession d'une grande quantité d'armes. Derrière, le contrôle du sud et de l'est du pays est en jeu avec des complexes pétroliers.

L'Arabie Saoudite ne veut pas des houthis, car les chiites ont des liens étroits avec l'Iran, leur bête noire. Mais le royaume ne veut pas non plus de l'AQPA, qui leur est très hostile.

La tactique

Le conflit entre les chiites zaïdites, représentant un tiers d'une population de près de 24 millions d'habitants, et les sunnites salafistes est inévitable. Il s'agit donc à la fois d'une lutte tribale et religieuse.

Ceci pourrait faire l'affaire des Saoud, affaiblissant les deux belligérants. L'Arabie Saoudite pourrait remettre de l'huile sur le feu... Mais il ne faut pas trop attiser ce dernier, par crainte de débordements. Sachant en outre que la frontière entre le Yémen et son puissant voisin est longue de 1700 kilomètres. Si les Saoudiens sont bien en train de construire une barrière protectrice, à l'instar de celle construite entre l'Irak et le royaume, pour se protéger de l'EI, il faudra plusieurs années avant qu'elle ne soit achevée.

Dans la lutte âpre que se livrent Téhéran et Riyad pour la domination du Moyen-Orient, les choses ne sont pas simples pour le royaume saoudien, qui se trouve confronté à des problèmes sur de nombreux fronts.

L'état des lieux

Le soutien des Saoudiens à l'opposition contre Bachar al-Assad, s'explique par les liens étroits unissant l'Iran et le dictateur syrien. Mal vu par Riyad après la chute de Saddam Hussein, un gouvernement en Irak dominé par les chiites ne plaisait pas. Voir les conseillers iraniens venir aider au sol les troupes chiites irakiennes, donne des maux de tête à la famille Saoud.

La victoire des houthis au Yémen est un revers pour l'Arabie Saoudite, supprimant immédiatement son aide financière, fin du mois de décembre dernier.

L'Arabie Saoudite entend bien conserver sa place prépondérante dans la région, mettant tout en œuvre pour cela.

Une inconnue de taille est de savoir quelle sera l'attitude des États-Unis concernant ce nouveau point chaud? Le petit contingent militaire américain qui était là pour former l'armée yéménite, effectue des frappes avec des drones. Mais sur qui tirent-ils?

#Terrorisme