Mercredi, l’ambassade de France appelait ses ressortissants à quitter le #Yémen. Hier, le Quai d’Orsay a annoncé l’enlèvement de la Française Isabelle Prime à Sanaa. Les regards se tournent vers le Yémen qui avait pris part au merveilleux élan du printemps arabe en 2011 mais dont la transition inachevée se révèle ardue à l’heure où éclatent les communautarismes et le sécessionnisme au sud. Qui sont les Houthis qui ont pris le contrôle du Yémen ?

Un groupe identitaire chiite

Les Houthis appartiennent au courant chiite dit zaydite. À la différence des autres chiites duodécimain ou ismaéliens, ils ne reconnaissent que cinq imams. Minoritaire au sein d’un Yémen largement sunnite, les zaydites ont pourtant longtemps gouverné. Jusqu’aux années 62 et la #Révolution républicaine qui marque l’entrée au pouvoir des sunnites, le Yémen était régi par un imamat zaydite. Dès les années 2000, les chiites dénoncent la corruption du régime et les inégalités dont ils sont victimes. Ils prennent le nom de houthi en hommage à leur chef religieux et politique Badreddin Al-Houthi tué en 2004 par l’armée yéménite. De 2004 à 2010, leurs contestations sont violemment réprimées. Dans l’élan du printemps arabe, ils participent activement à la révolution de 2011 qui se solde par la démission du président Ali Abdallah Saleh.

Depuis cette date, ils n’ont cessé d’étendre leur influence territoriale. Marginalisés à l’ouest, ils consolident leur pouvoir à Saada, leur bastion traditionnel fondé en 877. En septembre dernier, ils sont parvenus à progresser vers la capitale Sana avant de prendre d’assaut le palais présidentiel le 20 janvier. Malgré l’accord de paix de l’ONU signé le 21 septembre, ils ont poursuivi leur expansion vers le sud en conquérant le port de Houdeida ainsi que des provinces intérieures telles que Baïda, Ibb ou encore Dharma.

Quels sont leurs objectifs ?

Leurs revendications sont principalement socio-économiques et reposent d’une part sur la dénonciation des inégalités sunnites-chiites et d’autre part sur un rejet, partagé par tous les yéménites, de la pauvreté endémique. Le nord-ouest du pays où se concentre la communauté chiite est en effet marginalisé et beaucoup plus pauvre. Quant à la prise de Sanaa, elle a en partie été enclenchée par la hausse des prix du carburant sur fond d’annonce par le président de la fin du versement de subventions étatiques sur les produits pétroliers.

Mais au-delà de ces préoccupations sociales, les motivations des Houthis sont surtout politiques et identitaires. Leur leader Abdelmalek Al-Houthi souhaitent s’ériger comme la force majeure du futur Yémen et imposer un découpage territorial favorable à la communauté zaydite. Les Houthis refusent d’ailleurs la nouvelle Constitution qui les prive d’un accès à la mer.

Cette fulgurante progression des Houthis inquiète dans un Yémen fragilisé. Aux mouvements sécessionnistes du sud, s’ajoute la présence très active à l’est de Al Qaeda dans la péninsule arabique. (AQPA). Le pouvoir politique aux mains du parti Al-Islah qui repose sur une alliance des frères musulmans yémenites aux élites tribales sunnites conservatrices, est quant à lui mis à mal depuis le coup d’état des Houthis en janvier. Ces derniers agitent les tensions communautaires en organisant des expéditions punitives anti-El-Islah. Plusieurs membres du gouvernement aujourd’hui exilés ont vu leurs maisons vandalisées par des membres d’Ansar Allah après la prise du palais présidentiel le 20 janvier. 

Qui les soutient ?

Même si les leaders houthistes réfutent tout soutien de la part de Téhéran, les sunnites et les pays du golfe persistent à comparer les Houthis au Hezbollah libanais. En plus de partager un discours commun anti-américain et anti-israélien, ils ont le même allié. Comme pour le hezbollah, l’Iran leur fournit des armes, et finance leur entrainement militaire. Les allers-retours entre l’Iran et le Yémen se sont multipliés ces dernières années d’après l’agence Reuters. Par ailleurs, beaucoup mentionnent le rôle indirect de l’ancien président Ali Abdallah Saleh qui aurait facilité l’expansion des Houthis en, demandant à ses militaires les plus loyaux de ne pas les combattre. Le jour de la prise de Sanaa, il n’a d’ailleurs fait part d'aucune réaction, et s’est contenté de publier une photo de lui tout sourire sur sa page facebook.

L’actuel président, aujourd’hui réfugié au sud-est à Aden, déclaré illégitime par les Houthis, a exhorté la communauté internationale à rejeter ce qu’il qualifie de « coup de force. » Un membre du cabinet présidentiel a déclaré au journal El Watan que le président exilé avait reçu les gouverneurs des provinces de l’ouest pour évoquer les mesures propres à relancer le processus de transition politique et « appliquer les recommandations nécessaires du dialogue national ».