Samedi, sur son compte twitter, le groupe terroriste #Boko Haram publiait un enregistrement audio diffusé en arabe et attribué à son leader, Abubakar Shekau. Ce dernier y annonce le ralliement de la filière djihadiste nigériane à l'État Islamique et à son chef, Abu Bakr al Baghdadi : "Nous annonçons notre allégeance au calife (...) que nous écouterons et auquel nous obéirons dans les difficultés comme dans la prospérité. Nous appelons tous les musulmans, où qu'ils se trouvent, à faire allégeance au calife". La nouvelle n'est pas une surprise : les difficultés rencontrées par Boko Haram ces dernières semaines en raison de la mobilisation des troupes des pays voisins (Tchad, Niger, Cameroun), imposent au groupe terroriste la recherche d'un second souffle.

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La multiplication des exactions depuis le début du mois de mars (58 morts à Maiduguri et 68 à Njaba, le 7 mars), ou encore la diffusion de vidéos, de plus en plus proches des superproduction de #Daesh montrant la décapitation de deux hommes ou la prise de la base militaire de Baga (reprenant ainsi le mode et les codes de communication de l'État Islamique), raisonnaient déjà comme des appels du pied à Abu Bakr al Baghdadi.

Pourquoi ce rapprochement ?

Pour les observateurs, ce ralliement de Boko Haram à l'État Islamique répond à plusieurs ambitions :"C'est le moyen pour le groupe terroriste de bénéficier de davantage de moyens militaires et financiers. Boko Haram espère ainsi que son action en Afrique ne sera pas épisodique mais durable, que des moyens renforcés en hommes et en armes permettront de passer d'une stratégie plus ou moins locale, au nord-est du Nigéria, à d'autres terrains, en Afrique de l'Ouest et Centrale", analyse Lucien Pambou, spécialiste des relations internationales.

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Ainsi, Boko Haram, qui était jusqu'à présent un groupe djihadiste local, devient une branche armée de l'État Islamique. Outre les aides concrètes dont pourrait profiter Boko Haram, cette allégeance constitue également un important coup publicitaire pour le groupe terroriste, une optimisation de sa propagande, dans l'optique de recruter davantage de candidats au Djihad : "Cette annonce, c'est aussi un moyen de bénéficier d'une certaine couverture, d'une certaine publicité, un moyen de s'inscrire dans une mouvance plus globale, qui voudrait imposer sa loi d'une manière violente. Il faut peut-être aussi y voir la volonté de gonfler les rangs, de rameuter des troupes", souligne Faycal Metaoui, journaliste à El Watan. Enfin, ce rapprochement s'inscrit dans le but commun d'internationaliser le combat de l'État Islamique qui dispose désormais de multiples zones d'influence importantes : en plus de son califat à cheval sur la Syrie et l'Irak, des groupes islamistes au Proche-Orient, en Afghanistan, au Pakistan et en Afrique du Nord se sont déjà ralliés à Daesh.

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L'EI nouvel acteur géopolitique en Afrique

Car c'est bien dans cette optique que l'allégeance de Boko Haram pourrait peser : "Il y a une volonté d'implantation à long terme, de montrer que la réaction internationale est trop molle. Il y a la volonté de mettre en place des conditions politiques et militaires. L'objectif est de montrer que la démarche de l'État Islamique est aussi sur le continent africain. Boko Haram était limité dans sa façon de faire, mais va désormais utiliser une autre méthode de harcèlement qui va consister à introduire l'État Islamique en Afrique". Jusqu'à présent, l'Afrique n'était pas un terrain d'action de Daesh, mais ce ralliement vient s'ajouter aux serments d'allégeance émis par les djihadistes de Libye, d'Égypte (avec le ralliement du groupe Ansar Beït Al-Maqdis en novembre 2014) et d'Algérie. L'État Islamique, à travers son allié naturel, continue de tisser sa toile, et on peut redouter que ce ne soit que le début : "Il ne faut pas oublier que la jonction est également possible avec les shebabs", qui sévissent dans la partie sud de l'Afrique, principalement en Somalie, mais aussi au Kenya, prévient Lucien Pambou. Pour les experts, les attaques risquent de se multiplier, et l'approche de l'élections présidentielle au Nigéria ne fait que renforcer les craintes : Abubakar Shekau et Boko Haram ont promis de tout faire pour perturber le vote. #Etat Islamique

Une offensive importante contre Boko Haram au Nigéria

Quelques heures à peine après l'annonce de l'allégeance de Boko Haram à l'État Islamique, les armées tchadienne et nigérienne ont lancé une offensive militaire d'envergure contre le groupe terroriste : "Très tôt ce matin, les troupes nigériennes et tchadiennes ont déclenché une offensive contre Boko Haram, sur les deux fronts, dans la zone de Bosso et près de Diffa", des deux côtés du lac Tchad, a ainsi révélé une source gouvernementale nigérienne. Cette offensive aérienne et terrestre constitue également une réponse à l'internationalisation des exactions perpétrées par Boko Haram. Depuis plusieurs semaines en effet, le groupe dirigé par Abubakar Shekau a franchit les frontières du Nigéria et orchestré de nombreuses attaques au Niger, au Cameroun et au Tchad. Si quelques militaires français, canadiens et américains sont déployés le long de la frontière au nord du pays pour faire du renseignement, les pays occidentaux ne sont concrètement jamais intervenus sur le terrain. Ce serment d'allégeance pourrait changer la donne.