Blasting News : Que vous inspire l'annonce de Boko Haram de porter allégeance à l'État Islamique ?

Fayçal Metaoui : Cette décision était attendue, ce n'est pas une surprise. L'extrême violence utilisée, les messages, les nouveaux modes de communication, le mode opérationnel, de plus en plus proche de ce que fait l'État Islamique en Syrie ou en Irak, pouvaient déjà laisser supposer le ralliement de #Boko Haram.

BN : Selon vous, pourquoi Boko Haram a décidé d'opérer ce rapprochement ?

FM : Malgré les récentes attaques en dehors des frontières du Nigéria, on présente un Boko Haram en difficulté ces dernières semaines.

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Cette annonce, c'est aussi un moyen de bénéficier d'une certaine couverture, d'une certaine publicité, un moyen de s'inscrire dans une mouvance plus globale, qui voudrait imposer sa loi d'une manière violente. Il faut peut-être aussi y voir la volonté de gonfler les rangs, de recruter, de rameuter des troupes d'une part, et de bénéficier de l'aide de l'État Islamique, au niveau logistique, au niveau financier aussi.

BN : Pensez-vous que cela puisse changer quelque chose sur le terrain ?

FM : Je ne pense pas que cette annonce aura des effets concrets pour Boko Haram sur le terrain. En revanche, on peut imaginer que ce rapprochement renforcera la volonté des États, notamment africains, de lutter contre le phénomène. Peut-être que cela provoquera une adaptation des stratégies sécuritaires des États.

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Cela irait dans le sens des annonces faites par l'Union Africaine qui qualifie désormais Boko Haram de problème continental, voire international, alors qu'on l'a longtemps limité au Nigéria, voire à la sous-région.

BN : Faut-il aussi y voir l'implantation progressive de l'État Islamique en Afrique ?

FM : C'est une possibilité. L'État Islamique est déjà présent en Libye où il tisse peu à peu sa toile. Le groupe terroriste est un peu encerclé en Irak et en Syrie, et peut vouloir chercher à s'imposer sur d'autres terrains pour faire aboutir son projet. Et l'#Afrique, où les problèmes économiques sont nombreux, est un terrain favorable à son expansion.

BN : Comment lutter concrètement contre le phénomène ?

FM : Il faut avant tout un rapprochement entre les pays, une coordination, des approches concertées, une vision sécuritaire d'ensemble, car la menace existe pour tous les pays, qu'ils soient au Maghreb ou dans la région du Sahel. Il faut à tout prix éviter ce genre de rapprochement qui multiplie les risques et les menaces.

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Il faut faire attention, car si la jonction est réelle, cela deviendra ingérable.

BN : Quel regard porte l'Algérie sur la question ?

FM : C'est une préoccupation évidente chez nous. Ici, on sait que Boko Haram a commencé à commettre des exactions au Niger, qui est un pays frontalier du nôtre. L'État Islamique est présent dans la Libye voisine, c'est une nouvelle source de préoccupation. Et des dispositions ont déjà été prises puisque l'armée algérienne est déployée dans le sud, dans la bande sahélo-saharienne entre l'Algérie, le Mali et le Niger. Il faut consolider la structure anti-terroriste. #Etat Islamique

BN : Comment évaluez-vous les réactions à l'international ?

FM : Les pays, occidentaux notamment, font selon moi une mauvaise lecture, une mauvaise analyse du problème. Ils ne prennent pas la mesure du danger. Ces États devraient travailler davantage avec les pays africains, et trouver des solutions rapides pour éviter toute propagation.