Ce samedi, près de 70 millions de Nigérians sont attendus aux urnes pour les élections présidentielle et législatives. Malgré la présence de quatorze candidats, le scrutin présidentiel devrait se jouer entre Goodluck Jonathan, 57 ans, chef de l'État sortant au pouvoir depuis mai 2010, et Muhammadu Buhari, 72 ans, à la tête du pays entre décembre 1983 et août 1985 après un coup d'État. Dans les dernières heures de la campagne, les deux prétendants au trône ont conjointement appelé au calme, et signé un accord de paix pour prévenir tout embrasement post-électoral : "Nous nous réunissons aujourd'hui pour réitérer notre promesse pour des élections pacifiques. Nous appelons par conséquent tous les concitoyens de notre cher pays, et nos sympathisants, à ne pas recourir à la violence ou à tout acte qui pourrait nuire à notre vision collective d'une élection libre, juste et crédible", ont-ils ainsi déclaré dans un communiqué. Une initiative visant à ne pas revivre les violences post-électorales de 2011, qui avaient fait un millier de morts, après un scrutin qui avait déjà opposé les deux hommes. Goodluck Jonathan, candidat à sa propre succession, a exhorté les citoyens nigérians à voter massivement : "Je vous demande à tous de sortir en masse pour honorer votre devoir civique en votant, dans le calme, pour les dirigeants de votre choix. Je ne me souviens pas d'un scrutin aussi important dans l'histoire de notre nation, et nous avons besoin de votre soutien". Muhammadu Buhari a lui aussi tenu à souligner l'importance de ce scrutin, le plus indécis de la jeune histoire démocratique du pays : "Un #Nigéria stable et prospère est important pour l'Afrique et le monde. Le fait qu'une attention sans précédent soit portée sur notre pays ce week-end en est l'illustration. Samedi, le monde entier attend avec impatience que le Nigéria prenne en main son destin. Nous ne devons pas passer à côté de ce moment".


Des enjeux cruciaux pour l'avenir du pays


Car les enjeux sont multiples pour un pays longtemps présenté comme un exemple, notamment économique, en Afrique. Premier producteur d'hydrocarbures sur le continent, et première puissance économique africaine en 2014 en termes de Produit Intérieur Brut avec une croissance annuelle de 7%, le Nigéria avait tous les ingrédients pour poursuivre sa route en avant. Mais la chute historique des prix du pétrole, principale source de revenus du pays et l'effondrement du naira, la monnaie nationale, bousculent l'économie du pays. La diversification des ressources, et la fin de la dépendance au pétrole, constitueront l'une des priorités du prochain gouvernement, tout comme la création d'emplois (¼ de la population active est au chômage), nécessaire à la bonne santé économique de la nation. Autre défi pour le prochain chef de l'État, la lutte contre la corruption, véritable fléau au Nigéria : "La corruption est devenue une véritable culture au Nigeria. Dès que nous serons investi au gouvernement, qui que ce soit qui abusera de la confiance sera appelé à rendre des comptes" insistait d'ailleurs Muhammadu Buhari pendant la campagne, alors que Goodluck Jonathan, vivement critiqué pour avoir laissé ce problème gangrener le pays, a promis l'utilisation des nouvelles technologies pour éradiquer le phénomène. Dernier problème, et non des moindres, la sécurité nationale, au coeur de toutes les préoccupations depuis de longs mois et les multiples offensives du groupe terroriste #Boko Haram, principalement dans le nord du pays, à la frontière avec le Tchad, le Niger et le Cameroun. À la veille de l'élection, Goodluck Jonathan, abîmé par sa mauvaise gestion du dossier, a indiqué que l'armée avait "reconquis la plupart des communautés et des territoires précédemment occupés par les insurgés". Reste que le groupe et son leader Abubakar Shekau ont promis de perturber le scrutin. #Élections


La menace Boko Haram, deux morts à la mi-journée


Même si Boko Haram semble malmené sur le terrain, tout indique en effet que le groupe terroriste essaiera de passer à l'action ce samedi. À la mi-journée, on dénombrait déjà deux morts dans des attaques de bureaux de vote. Le scrutin, qui devait se dérouler le 14 février dernier, avait d'ailleurs été repoussé principalement en raison de la menace qui planait sur son déroulement. Le 17 février 2015, Abubakar Shekau assurait d'ailleurs dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux que Boko Haram empêcherait la tenue de ces élections, jugées non conformes à la charia. La secte ne semble pas en mesure de conquérir de nouveaux territoires, mais pourrait en revanche préparer des opérations kamikazes dans les bureaux de vote. Difficile donc de prédire le taux de participation du vote ce samedi, puisque certains électeurs choisiront vraisemblablement de rester chez eux. Il faut noter également qu'une partie de la population sera privée de scrutin : depuis 2009, près d'un million et demi de personnes ont été déplacées en raison des violences liées à Boko Haram, certains trouvant refuge dans les pays voisins. Beaucoup d'entre eux ne pourront déposer de bulletin dans l'urne. Des mesures spéciales de sécurité ont bien sûr été mises en place : fermeture des frontières maritimes et terrestres, interdiction de circuler en voiture le jour du vote, appel à la prudence face aux bagages abandonnés et aux personnes portant des tenues larges ou volumineuses au niveau du ventre ou encore sécurité renforcée autour des bureaux de vote et des cibles vulnérables, comme les banques, les hôpitaux et les bâtiments officiels. Mais la découverte d'explosifs dans un camp à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno, a réveille des inquiétudes sur la présence d'islamistes infiltrés qui pourraient agir aujourd'hui. Le second tour doit se tenir le 11 avril prochain.