Le 21 janvier dernier, le choix a été annoncé : les principaux partis arabes israéliens, longtemps marginalisés sur la scène politique, formeront une liste commune dans le cadre des élections législatives du 17 mars. Un choix non sans inconséquences à l'heure où 20% de la population israélienne est composée de musulmans à majorité sunnites mais également chrétiens et druzes. En déterminant la composition de la Knesset, le processus d'élection législative dans un régime israélien, dit parlementaire, s'achève sur la désignation par le président d'un premier ministre chargé de composer le gouvernement. Alors que le premier ministre Netanyahou est donné perdant par tous les sondages, quel rôle cette liste commune peut bien jouer dans la nouvelle configuration politique qui s'annonce en #Israël ?

Une alliance de partis aux sensibilités divergentes

La décision du gouvernement actuel de relever le seuil minimum de représentation à la Knesset a certainement favorisé l'union de petits partis désireux d'exister dans un scrutin proportionnel. La liste commune annoncée en janvier rassemble ainsi quatre partis aux sensibilités politiques très différentes. Le premier, le Hadash, est d'inspiration communiste, le second nommé le Balad, parti des Enfants du Pays, est nationaliste. A ces deux partis principaux s'agrègent le Mouvement Islamique et le Mouvement Arabe pour le renouveau. Entre eux, les divergences sont multiples. À titre d'exemple, la plupart des membres de Balad ou de Hadash refusent de condamner l'homosexualité pourtant désignés par les membres du parti islamiste comme une maladie. De même, alors que Balad défend un État rassemblant tous les citoyens, Hadah est partisan d'une union de tous les palestiniens résidents en Israël. Pour autant, ils sont parvenus à transcender leurs différences autour d'un programme soucieux de répondre aux préoccupations sociales du pays. N'en déplaise au Likoud, aujourd'hui, 52% des israéliens se décideront en fonction de la situation socio-économique et seulement 28% en fonction la situation sécuritaire d'après un sondage réalisé par la chaine Arzog 2. Confronté à Liberman qui appelait quelques jours plus tôt à égorger à la hache les citoyens arabes n'étant pas loyaux à Israël, Ayman Odeh, ancien secrétaire générale de Hadash, aujourd'hui leader de la liste commune, a fait grande impression lors d'un débat télévisé. Le ministre des Affaires Étrangères l'a interrogé : "Pourquoi ne vous-présentez vous pas aux élections à Ramallah plutôt qu'à la Knesset israélienne ? Pourquoi êtes-vous ici ? Personne ne veut de vous ici.", ce à quoi Odeh a répondu toute en sagesse en se référant à la Bible ! S'il reconnait la nécessaire reconnaissance d'un état palestinien et le droit au retour des réfugiés, Ayman Odeh revendique le droit de se considérer pleinement comme citoyen israélien.

Un programme "gagnant-gagnant"

Les arabes israéliens marginalisés, subissent une ségrégation spatiale et économique. En plus des vagues d'expropriations fréquentes, les inégalités d'octroi d'allocation ou de prêt les pénalisent fortement. Les écoles juives bénéficient ainsi de deux fois plus de moyens que les écoles arabes.

Cette liste commune soulève évidemment bien des enthousiasmes au sein de la communauté arabe. Le taux de participation des arabes aux élections est susceptible d'augmenter, d'après un sondage de Haaretz mené par l'agence Statner : il devrait passer de 56 en 2013 à 63%. Mais la liste commune arabe ambitionne surtout de séduire un électorat juif : le programme social repose sur une coopération judéo-arabe autour de questions sociales au premier rangs desquelles figure la lutte contre le racisme. La liste a même lancé une plateforme énumérant les 8 principes de leur engagement : égalité civique, refus de l'impérialisme et de la colonisation mais également lutte pour les droits des femmes et démantèlement du nucléaire au Moyen-Orient… Dans un entretien au journal The Times of Israël, Odeh a ainsi déclaré : « Mon projet phare est un engagement gagnant-gagnant pour remplacer le perdant-perdant. ». « Tout comme les juifs aux Etats-Unis ont rejoint Martin Luther King, je suis sûr que des milliers de juifs se joindront à la lutte pour l'égalité civile en Israël », poursuit-il. Ce programme de réconciliation nationale attire des juifs essentiellement de gauche à l'instar de Ayelet Ben Yisha qui, interrogée par Haaretz affirme : « J'ai sûrement plein de raisons de voter pour Meretz (parti socialiste -NDLR) plutôt que pour la liste commune mais protéger la société civile israélienne est pour moi l'objectif principal. »

Quels enjeux ?

D'après les sondages, la liste commune est susceptible d'obtenir entre 13 et 15 sièges derrière l'Union Sioniste de Herzog et le Likoud de Netanyahou. Dans les cas où ces deux partis faisaient alliance pour former une coalition, les partis arabes constitueraient la première force d'opposition du pays. S'ils refusent de participer au gouvernement, ils souhaitent peser dans l'échiquier politique afin d'accroitre leur influence. Dans un premier temps, ils seront sans doute amenés à jouer un rôle majeur dans la constitution de la coalition s'ils conseillent au président de nommer Herzog comme premier ministre ou Netanyahou. Surtout, sur le long terme, ils seront plus à même de faire entendre la voix de la minorité arabe et les revendications sociales sur la scène nationale et internationale. Pour rappel, le soutien des députes arabes au premier ministre de gauche Yitzhak Rabin avait été décisif dans l'élan de coopération alors initiée entre juifs et arabes qui avait mené à la signature des accords d'Oslo.