« Rien ne développe l'intelligence comme les voyages », écrit Emile Zola. Voilà quelques années que bien des Français ont pris la décision de quitter, provisoirement ou non, leur pays. En 2014, ils étaient 1,68 million, un chiffre en constante augmentation (Ministère des Affaires étrangères). Et deux tiers de nos compatriotes n'envisagent pas de rentrer au bercail dans les cinq ans.

Pour quitter la morosité du quotidien, nombreux sont ceux qui prennent le premier avion afin de tenter l'aventure à l'étranger. Aux États-Unis, au #Canada, en Australie… Peu importe! L'expatrié a bien des raisons qui le poussent à partir.

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Mais existe-t-il des raisons de revenir ?

L'argent et le travail, premières causes de départ

Le baromètre Humanis-Lepetitjournal.com a révélé, dans une enquête, que pas moins de 68% des expatriés français ne comptent pas revenir dans les cinq ans. Si les causes sont multiples, quelques unes méritent le coup d'œil. Comme l'argent ou le boulot par exemple. La rémunération est naturellement le principal frein du retour au pays. Le fondateur du site dédié aux expatriés lepetitjournal.com soutient cette théorie. « Aujourd'hui, près de 20% des expatriés gagnent entre 36 000 et 60 000 euros net, explique Hervé Heyraud. Le revenu annuel net moyen en France est de près de 29 000 euros. » Par ailleurs, 80% des personnes interrogées lors de l'enquête expliquent que les compétences professionnelles acquises à l'étranger n'auraient pas pu être obtenues en France.

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De même, l'expatriation permet d'avoir un profil professionnel plus attractif pour 76% d'entre eux.

Émilie, Costa Rica : « J'ai sauté sur l'occasion »

L'étranger offre davantage d'opportunités que l'Hexagone. Même si tout dépend, évidemment, du secteur. Émilie, 24 ans, n'estime pas avoir « quitté la France ». Ses études de tourisme terminées, elle a réalisé un stage au Pérou avant de se rendre au Costa Rica, « un pays qui m'attirait. » La jeune habitante de Maubeuge (Nord) s'est alors précipitée sur une offre de travail. « Une entreprise qui cherchait une Française pour le marché francophone m'a proposé de me former et de me donner des responsabilités, exprime-t-elle. Je n'avais pourtant pas de réelle expérience. J'ai sauté sur l'occasion. Je n'aurais pas pu trouver un aussi bon travail en France. Et certainement pas aussi rapidement! » La Nordiste a promis à ses proches qu'elle reviendrait dans deux années. « Mais c'est dur de prévoir un retour quand tout se passe bien, reconnaît-elle.

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On verra bien où le vent me mène. »

Jessica, Canada : « J'ai aimé l'ouverture par rapport aux jeunes actifs »

Autre argument provoquant le départ de nombreux compatriotes, l'image négative portée sur la France. D'après l'enquête d'Humanis-Lepetitjournal.com, 6 Français sur 10 justifient leur départ ainsi. Pour 31% d'entre eux, les facteurs politiques, à savoir le conservatisme, ou les facteurs sociaux, comme la crise ou le chômage, incitent à aller voir ailleurs. De même, le manque d'opportunités professionnelles demeure un point noir.

Jessica (27 ans) est journaliste et a décidé de rallier le Canada et le Québec il y a un an et demi. « Rien ne me dit que ce sera une expatriation longue, explique la Seine-et-Marnaise. C'est une question d'opportunité. J'ai aimé l'ouverture du Canada par rapport aux jeunes actifs. Ils m'ont laissé ma chance alors que je n'avais pas de diplôme en journalisme. C'est l'expérience et l'envie d'apprendre qui priment. » Agréablement surprise par l'accessibilité des chefs d'entreprise ou des rédacteurs en chef, Jessica pointe l'insuffisance française dans la confiance aux jeunes. « La France laisse très peu de place à ses jeunes diplômés, lance-t-elle. Vu l'éventail d'offres de stages ou de programmes professionnels à l'étranger, il est logique d'avoir envie de partir. Face à la pénurie de travail, c'est bien normal de préférer accumuler de l'expérience à l'étranger. Toutefois, il ne faut pas renier la France. Je ne désespère pas de voir la situation se débloquer. Mais les mentalités doivent bouger. »

Florie, Colombie : « Les gens sont heureux avec ce qu'ils ont »

Autre point important, même s'il peut sembler anecdotique, l'état d'esprit. Pas moins de 41% des expatriés affirment qu'ils quittent le pays pour fuir la morosité et le côté peu dynamique de la France. C'est le cas de Florie, également dans le tourisme, et partie pour la capitale de la Colombie, Bogota. « Ce que j'apprécie le plus ici, ce sont les gens, sourit-elle. Il y a beaucoup d'humilité et de simplicité. Les Colombiens sont heureux avec ce qu'ils ont. Ils dégagent une énergie très forte. Puis, ici, le tourisme se développe à peine. Il y a énormément d'opportunités. »

Le système de santé « à la française » envié

Si, dans leur grande majorité, les expatriés comptent prolonger leur séjour à l'étranger, ils n'en oublient pas les avantages français. « Il faut prendre en compte que sur plusieurs choses, on est bien mieux lotis en France, argumente Florie. En Colombie, par exemple, j'ai un salaire local avec deux semaines de congés payés, pas de cotisation pour la retraite, un système médical différent… » L'enquête le prouve. 70% des expatriés déclarent que la protection sociale française et le système de soins font partie de ce qui leur manque le plus. En retraite, près de 4 expatriés actifs français sur 10 cotisent à un dispositif en plus du régime local obligatoire. « La protection sociale n'est pas automatique, même pour les salariés, rappelle la directrice des activités internationales du groupe Humanis Sylvaine Emery. Ils ne sont pas forcément bien couverts par leurs entreprises. Il faut être d'autant plus vigilant, lorsqu'on s'expatrie dans une zone à risques ou dans un pays dont le système de santé est peu développé. »

Si l'herbe est toujours plus verte chez le voisin, les Français de l'étranger finissent par revenir à la maison. Ne serait-ce que pour profiter de choses qu'ils ne trouvent pas ailleurs que chez nous : leurs proches, un chez soi, le fromage, le vin… #Union Européenne