L’#Afrique clame la solidarité à tue-tête dans les mots et à travers les nombreuses réunions de l’Union africaine qui se tiennent à Addis-Abeba (siège de l’organisation, capitale de l’Ethiopie). Dans les faits les Africains du Nord, du Centre, du Sud et de l’Ouest ont beaucoup de mal à travailler ensemble.

La #Tunisie a organisé ce dimanche 29 mars 2015 une marche contre le #Terrorisme à laquelle ont participé de nombreux Présidents dont François Hollande (France), le premier Ministre italien (Matteo Renzi) et Mahmoud Abbas (Palestine). A ce mouvement de dignitaires quasiment un seul Président de l’Afrique subsaharienne était présent : Ali Bongo du Gabon.

Au moment où Boko Haram et son mentor l’Etat islamique (Daesh) installé en Libye menacent l’Afrique subsaharienne (Nigéria, Niger, Tchad, Cameroun), on est surpris de voir qu’une fois de plus les Etats subsahariens manquent le train de l’histoire de la communauté internationale qui a décidé d’unir ses forces dans la lutte contre le terrorisme international. Cette marche de Tunis est une occasion ratée pour les pays africains du sud du Sahara qui auraient pu élargir leur soutien en matière de renseignement et de sécurité en direction des pays du Maghreb, de l’Italie, au lieu de rester dans un face à face permanent et infantilisant vis-à-vis de Paris. C’est une occasion ratée par ces pays africains de montrer leurs capacités d’émancipation géopolitique et de réinvention de leurs alliances à partir d’une structure africaine.

L’Afrique subsaharienne est confrontée à Boko Haram et demande qu’une force multinationale soit constituée. Toute coopération internationale est utile mais, avant de compter sur l’Occident, il faut ici et maintenant faire le point sur les alliances africaines avant de recourir à l’aide extérieure à l’Afrique. « Tunisie libre, terrorisme dehors, notre pays est plus fort que vous » est le mot d’ordre des manifestants tunisiens qui agitaient les drapeaux de leur pays. On pourrait renverser la proposition et œuvrer pour une Afrique libre « terrorisme dehors, l’Afrique est plus forte que vous ». Malheureusement, ce ne sera pas le cas car la plupart des Présidents subsahariens sont restés à la maison. Le défilé des manifestants tunisiens est exemplaire en matière de démocratie et de pluralisme. Le parti islamiste Ennahda, deuxième force politique du pays, la puissance centrale syndicale UGT ainsi que le gouvernement ont demandé à leurs partisans d’être présents lors de la marche pour exprimer l’unité des Tunisiens face au terrorisme et leur détermination à défendre la patrie pour préserver leur liberté.

Le Front populaire, coalition de gauche et principale formation d’opposition en Tunisie, n’a pas participé à la marche en accusant Ennahda d’être hypocrite et de jouer un double jeu vis à vis des terroristes. Les Africains du Sud du Sahara doivent dépasser les ressentiments nés de l’esclavage entre le monde arabe et le monde noir en refondant des nouvelles relations entre les pays du Maghreb et ceux de l’Afrique noire. Il s’agit de bousculer les idées reçues et de refonder une nouvelle géopolitique dans les rapports entre les pays africains « blancs » du Maghreb et ceux de l’Afrique noire subsaharienne.