C'est le scrutin à l'issue la plus incertaine depuis l'indépendance du pays en 1960. Si quatorze candidats se présentent à l'élection présidentielle, les quatre prochaines années à la tête du #Nigéria devraient se disputer selon les observateurs entre le président sortant, Goodluck Jonathan, membre du PDP, le Parti Démocratique Populaire, force politique à la tête de la nation depuis 1999, et Muhammadu Buhari, bref dirigeant militaire du pays entre décembre 1983 et août 1985 et candidat de l'APC, le Congrès Progressiste.


Goodluck Jonathan, à l'heure du bilan


Goodluck Jonathan, chrétien originaire du sud, devient président de la République par intérim à partir du 9 février 2010 en raison de l'absence prolongée du chef de l'État Umaru Yar'Adua qui souffre de problèmes de santé. Il lui succède officiellement le 9 mai 2010, quelques jours après sa mort, avant d'être élu par les urnes le 16 avril 2011. Quatre ans plus tard, son bilan plaide contre lui dans les grandes lignes. Tout d'abord, le groupe islamiste #Boko Haram a gagné du terrain et les exactions n'ont jamais été aussi nombreuses. S'il annonce aujourd'hui que le groupe est sur le déclin, c'est sa volonté de minimiser l'impact de la secte terroriste ces derniers mois qui lui est reprochée, ainsi que son incapacité à endiguer le problème. Autre échec pour Goodluck Jonathan, le dossier concernant la corruption, un problème récurrent dans le pays. Si le président sortant affirme avoir assaini les finances publiques, nombreux sont ceux qui estime que la corruption est devenue une tradition nigériane. Le plus gros scandale en la matière éclate en 2012 : les comptes de la compagnie nationale pétrolière, la NNPC, présentent alors un trou de près de 50 milliards de dollars sur deux ans. L'absence d'investissement dans les infrastructures, ou encore le chômage et la pauvreté persistants sont autant de défaillances dans l'action politique de Goodluck Jonathan au terme de son premier mandat. Seule réussite, un secteur agricole en bonne santé grâce à des investissements générateurs d'emplois.



Muhammadu Buhari, la quatrième tentative


Musulman né au nord du pays, Muhammadu Buhari arrive au pouvoir par un coup d'État à la fin de l'année 1983, puis il est renversé à son tour 18 mois plus tard. L'ancien major de l'armée nationale fait son retour politique au début des années 2000 et se présente sans succès aux scrutins présidentiels de 2003, 2007 et 2011. Cette année, le bilan de Goodluck Jonathan est son principal atout et le voir retrouver les rênes du pays n'aurait rien d'une surprise tant il a gardé auprès de la population une réputation d'autorité et d'intégrité. Et ce malgré ses actions pendant sa courte période de règne ou certaines de ses prises de positions. À l'époque, plusieurs mesures sont critiquées par la communauté internationale : interdiction de manifester ou de faire la grève, emprisonnement quasi systématique des opposants ou encore lutte sévère contre l'indiscipline, souvent punie de coups de fouets. Les fonctionnaires arrivant en retard au travail sont humiliés et forcés à faire des sauts de grenouille, les étudiants coupables de tricherie risquent 21 ans de prison alors que la contrefaçon et les incendies criminels sont quant à eux passibles de la peine de mort. En 2013, il demande au gouvernement d'arrêter de tuer les membres de Boko Haram, qui l'avait d'ailleurs placé son nom sur une liste de personne de confiance avec qui négocier un an plus tôt. Il faudra attendre l'enlèvement des lycéennes de Chibok en mai 2014 pour que Muhammadu Buhari dénonce les actions du groupe terroriste. Il en a d'ailleurs fait l'un de ses principaux combats lors de la campagne présidentielle. #Élections


Si le bilan de Goodluck Jonathan plaide contre lui, le chaos qui règne dans le nord du pays, fief de son adversaire, et le déplacement de centaines de milliers de potentiels électeurs pourraient au contraire jouer en sa faveur. Dans la tradition électorale au Nigéria, l'alternance nord/sud est de mise et une règle tacite veut qu'un musulman succède à un chrétien et inversement : une défaite de Muhammadu Buhari pourrait embraser le nord, surtout si ce dernier conteste les résultats, comme il l'avait fait en 2011. À l'époque, les violences post-électorales avaient fait près de 1 000 victimes.