Initialement prévues le 14 février dernier, les élections présidentielle et législatives au #Nigéria ont été reportées au 28 mars prochain. Mais #Boko Haram a prévenu : "Cette élection n'aura pas lieu même si nous sommes morts. Même si nous ne sommes pas vivants, Allah ne va jamais vous permettre de faire cela". Le scrutin promet de se dérouler dans un climat tendu, en raison des risques qui pèsent sur les différents bureaux de vote, notamment dans les régions les plus reculées : "Boko Haram entend terroriser la population, et veut obliger le gouvernement à reculer une nouvelle fois l'échéance électorale, ce qui permettrait de déstabiliser davantage encore le Président Goodluck Jonathan", souligne Lucien Pambou, spécialiste des relations internationales.

Goodluck Jonathan face à son bilan sur le dossier Boko Haram

Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2010, le chef de l'État nigérian n'a pas réussi à contenir le groupe Boko Haram, qui a vu le jour en 2002, mais dont les exactions et les attaques se sont multipliées ces dernières années : "Goodluck Jonathan ne maîtrise pas la situation. Son gouvernement a dépensé énormément d'argent, mais paradoxalement, cet argent a été inefficace, notamment à cause d'une corruption omniprésente. Il n'y a pas de stratégie militaire pensée en amont, mais on a pu constater également beaucoup de complicités de la part de certains gouverneurs", ajoute Lucien Pambou. Le Président en exercice du Nigéria, candidat à sa propre succession, estime qu'il est le plus à même de régler le problème : "La situation est délicate, mais Goodluck Jonathan risque d'utiliser la menace Boko Haram pour délivrer un message symbolique et politique, et il essaie de rassembler autour de sa personne pour un nouveau mandat", précise Lucien Pambou. S'il a longtemps tenté de réduire le groupe islamiste à un problème local au nord-est du pays, pour masquer les difficultés de son gouvernement à endiguer les exactions, le Président nigérian a récemment reconnu que Boko Haram constituait une menace internationale : "Probablement, au début, nous - je veux dire mon équipe et moi-même - avons sous-estimé les capacités de nuisance de Boko Haram", déclarait-il en février dernier. Avant d'accepter, face à sa chute de popularité à quelques semaines de l'élection présidentielle, que la communauté internationale se préoccupe du problème, en témoigne le déploiement de troupes venues des pays voisins, et de l'Union Africaine. Un virage dans sa politique liée au terrorisme illustrée par sa sortie dans le Wall Street Journal, toujours le mois dernier : "Les États-Unis sont nos amis. Si le Nigeria a un problème, et bien j'attends des Etats-Unis qu'ils viennent nous aider." Un an plus tôt pourtant, le Nigeria avait mis fin au travail de formation de soldats nigérians des Etats-Unis, après une montée des tensions entre les deux pays.

Quelle opposition ?

Depuis 2009, Boko Haram a causé la mort de près de 15 000 personnes. L'opposition, forcément, pointe du doigt le manque de résultat de Goodluck Jonathan sur ce dossier explosif et lui demande de passer la main. Une douzaine de candidats se dresse devant le Président sortant, mais un seul peut réellement empêcher Goodluck Jonathan d'être réélu : Muhammadu Buhari, leader de l'ANP (All Nigeria Peoples Party), déjà à la tête du pays entre 1983 et 1985. Arrivé au pouvoir après un coup d'État, il s'était distingué par une idéologie présentant des traits communs avec le fascisme, et des réformes portant atteinte aux Droits de l'Homme (exemple : un étudiant surpris en train de tricher pouvait écoper de 21 ans de prison). Malgré ce passé pour le moins controversé, Muhammadu Buhari est populaire dans le nord du pays, d'où il est originaire, et où les populations s'estiment abandonnées par Goodluck Jonathan. Et face au bilan du Président sortant, il se pose comme celui qui saura répondre à Boko Haram : "Le gouvernement n'a rien fait pour apporter une réponse concrète à ce problème, et est responsable de cette situation, une situation où nous devons maintenant faire appel à nos voisins pour nous sauver". En cas d'élection, il promet que "le monde n'aura plus à se soucier du Nigéria. Il saura se débrouiller seul".

Le Nigéria devra donc choisir le 28 mars prochain entre un président sortant au bilan discutable, et un ancien chef d'État aux méthodes parfois totalitaires, sur un fond de menace terroriste accrue. Et le prochain chef de l'État, outre le problème Boko Haram, fera face à de nombreux enjeux, de la lutte contre la corruption aux défis économiques. Probablement pas les ingrédients adéquats pour une élection transparente, pacifique et apaisée dans un pays déjà marqué par les violences lors des précédents scrutins, en 2003, 2007 et 2011. #Afrique