Pour les Russes, avoir le contrôle de la Mer Noire pour accéder à la Méditerranée a toujours été d'une importance capitale. Cet enjeu remonte bien plus loin que l'annexion de la Crimée, il y a un an. « Du temps de l'époque soviétique, ce contrôle pouvait changer les rapports de force. Soit, elle était contrôlée par l'Armée Rouge soit il s'agissait d'un coin occidental enfoncé au milieu de la Place Rouge », explique Kevin Limonier, chercheur à l'Institut français de géopolitique. « Dès les années cinquante, les Russes ont fait de la Crimée une forteresse avec une forte concentration de soldats. Il s'agissait du dernier rempart face à l'OTAN et la Turquie », souligne le chercheur.

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Mais on peut encore remonter bien plus loin dans l'histoire pour comprendre réellement l'enjeu de la Mer Noire, considérée par les Russes comme une mer chaude et semi-fermée. « A la fin de l'an mille, il s'agissait d'une interface entre le Nord et le Sud. Elle permettait aux Vikings de commercer avec Constantinople qui était un carrefour commercial, à l'époque. Il faut ensuite attendre la fin du 17ème siècle pour voir Pierre le Grand réinvestir les côtes de la Mer Noire. Mais la véritable formulation d'un projet ambitieux remonte à Catherine II. Elle voulait prendre le contrôle de nouvelles villes, dont Sevastopol, pour marquer l'identité de l'Empire et prendre le contrôle d'Istanbul et en faire une sorte de Constantinople orthodoxe. Il fallait également contrôler les détroits du Bosphore et des Dardanelles, régulés depuis lors par la Convention de Montreux en 1936, pour investir la Méditerranée », explique Kevin Limonier.

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La défaite de Sevastopol en 1855

Mais la date la plus importante reste sans doute celle de 1855 avec le siège de Sevastopol, mettant aux prises le projet russe avec les puissances occidentales. « Les Russes ont été contrés par l'Empire ottoman et la Grande-Bretagne qui était en train de composer la Route des Indes. Cette défaite a laissé une trace profonde dans la mémoire collective de la #Russie qui s'est donc tournée vers l'Asie pour accéder aux mers chaudes (Pakistan et Iran) avec l'Etat tampon qui est l'Afghanistan ». La Guerre de Crimée est donc tout sauf récente. La Mer Noire a toujours été capitale pour la Russie. Et #Vladimir Poutine ne fait que reprendre le flambeau d'une ambition déjà bien présente depuis des siècles.