Impulsé par le printemps arabe et les révolutions en Tunisie et en Egypte, le soulèvement syrien de mars 2011 était gorgé d'espoir. Le peuple, confiant, descendait dans la rue suite à l'arrestation de quelques enfants qui avaient écrit sur les murs des slogans hostiles au gouvernement de Bachar Al-Assad. Le 18 mars 2011, les forces de l'ordre tirent sur les manifestants. Quatre morts. Et le début de l'horreur. Ils sont aujourd'hui plus de 210 000 à avoir perdu la vie dans le conflit. Retour sur quatre années de guerre civile.

La dictature sanglante de Bachar Al-Assad

En avril 2011, un mois après la contestation pacifique des citoyens, le pays compte déjà une centaine de morts. En toute impunité, celui qui dénonce « une conspiration » musèle l'opposition dans le sang et nettoie les rues de la ville de Baniyas en envoyant des chars tirer sur la foule. Levant l'état d'urgence en vigueur dans le pays depuis 1963 et annonçant fièrement l'autorisation des manifestations pacifiques, Bachar Al-Assad se pose en victime et promet « un dialogue national ».

Dans les faits, le dictateur syrien réprime par la violence toutes les marches pacifiques. L'armée intervient alors dans les villes de Deraa, Al Rastan, Hama, Idleb et bien d'autres. L'Union européenne se réveille au mois de juin et impose des sanctions, plutôt symboliques malgré la suspension par la Banque européenne de ses opérations de prêt à la #Syrie. Il faudra attendre 2013 pour que d'importantes sanctions entrent en vigueur, soit deux longues années plus tard. Mais déjà les réfugiés commencent à fuir le pays, principalement en direction de la Turquie. En 2013, ils seront plus de 700 000. Au conflit armé se greffe désormais la catastrophe humanitaire.

Quand Daesh brouille l'échiquier géopolitique

Profitant de l'instabilité géopolitique de la région, des conflits irakien et syrien et du peu de cas que fait d'eux Bachar Al-Assad, les islamistes radicaux s'installent et autoproclament au printemps 2014 un Etat islamique avec l'instauration d'un califat sur les territoires irakiens et syriens. Cet état hors-la-loi grignote peu à peu la Syrie et fait de Raqa, située au centre de pays, sa capitale politique et militaire.

Si les djihadistes ne sont pas à la solde de Bachar Al-Assad, celui-ci a joué un rôle considérable dans leur expansion : trop occupé à noyer dans le sang l'opposition des civils, il a incontestablement laissé le champs libre aux radicaux, sans les attaquer aussi violemment qu'il ne l'a fait pour les citoyens.

Depuis, l'opinion internationale et les médias focalisent sur les atrocités de l'organisation Etat islamique, oubliant la Syrie, enlisée dans une guerre civile que plus personne ne regarde. Les citoyens européens semblent aussi désintéressés. Triste constat : Hier, une manifestation organisée à Paris pour dénoncer les quatre années écoulées n'a regroupé que 150 personnes.

Bachar Al-Assad, nouveau héros ?

Face à l'inertie internationale, le régime de Bachar Al-Assad entame sa cinquième année de répression. Le dernier rapport de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) est accablant : 4 millions de Syriens qui ont fuit le pays, plus de 20 000 personnes portées disparues et la moitié des habitants obligés de fuir leur domicile. « Nous avons comptabilisé 215 518 morts en quatre ans de guerre, dont 66 109 civils », précise l'OSDH, qui estime à 10 808 le nombre d'enfants parmi les victimes civiles.

Jeudi dernier, des clichés satellites de la Syrie avaient ému l'opinion et fait le tour du web. Publiés par le groupement d'ONG WithSyria, les clichés montraient que "le nombre de lumières visibles sur la Syrie la nuit avait chuté de 83%" depuis 2012 avec Alep comme deuxième ville la plus touchée : 97% de ses lumières étant désormais éteintes. Un effacement du globe terrifiant bien plus que symbolique.

En cette quatrième année tragique, de nombreuses ONG déplorent l'incapacité des gouvernements à trouver une issue au conflit. Car si les pays occidentaux s'accordaient pour souhaiter le départ de Bachar Al-Assad en 2011, ils sont aujourd'hui beaucoup moins radicaux face à la montée de #Daesh. Selon le journaliste Christian Chesnot, il y a eu une terrible « erreur de diagnostic » de la part aussi des politiques français qui ont largement sous-estimé Bachar et son régime bien ancré dans la région et soutenu, rappelons le, par la Russie.

Aujourd'hui, la diplomatie est au point mort, toutes les négociations n'ayant jamais abouti. Le mois prochain, c'est à Moscou que se tiendront des pourparlers entre le régime syrien et l'opposition. Qui peut encore espérer l'apaisement ?