La tension monte et les esprits s'échauffent au Burundi dans l'attente de la décision du Président de la République, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisème mandat ou non. 

 Le 4 février dernier le collectif « Campagne Citoyenne Halte au 3e Mandat » composé de plus de 300 associations de la société civile dévoilait un lettre dans laquelle il invitait le président à « s'abstenir de briguer un troisème mandat. » Ce à  quoi repondait le conseiller de la communication: « le président Pierre Nkurunziza s'est déjà exprimé à plusieurs reprises [et a] toujours dit que c'est son parti le Cndd-FDD qui choisira son candidat, dans le respect de la Constitution. » Loin de calmer les esprits, le collectif assurait la présidence que des « violences évidentes auront lieu s'il se represente. »

Le  19 février dernier, des milliers de Burundais ont envahi les rues de Bujumbura pour célébrer la remise en liberté provisoire de Rob Rugurika. Ce journaliste et directeur de la Radio Publique Africaine avait été emprisoné le 20 janvier 2015 pour avoir diffusé l'interview d'un homme contredisant la version officielle de la justice concernant l'assassinat de trois religieuses italiennes à Bujumbura en septembre.

Le rassemblement s'est vite transformé en mouvement d'opposition à un troisème mandat de Nkurunziza. Ce jour là, Agathon Rwasa, leader de l'opposition déclarait: « Les Burundais ont envoyé un signal fort à Pierre Nkurunziza, celui-ci doit avoir le bon sens, l’humilité d'entendre ce que lui a dit la population. » Il invitait alors le président à saisir « cette dernière chance de sortir honorablement » du pouvoir.

Une ambiguïté dans la Constitution

Pierre Nkurunziza est parvenu au pouvoir en 2005, nommé par le Parlement au titre de Président de la République après la transition. Les accords de paix d'Arusha (Tanzanie) signés en 2000, sur lesquels est basée la Constitution actuelle, mettent fin à la guerre civile (1993-2006) qui a ravagé le Burundi.  Ces accords prévoient explicitement que le chef d'Etat est « élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. »

Les partisans de Pierre Nkurunziza comptent justifier son troisème mandat en affirmant que le premier mandat du président ne tombe pas sous la juridiction des accords d'Arusha puisqu'il a été nommé par le parlement et non par le peuple en 2005. Et le chef de la diplomatie burundaise, Laurent Kavakure, de commenter: « L'accord d'Arusha ne doit pas être considéré comme une Bible. Nous les Burundais, nous sommes les mieux placés pour évaluer ces risques et y trouver des solutions. »

L'Union Européenne s'inquiète

Les observateurs internationaux alertent le Burundi des risques de violences en cas de candidature de Pierre Nkurunziza aux élections présidentielles de juin. Patrick Spirlet, le représentant de l'Union Européenne à Bujumbura déclarait récemment: « De nombreuses voix se sont exprimées par rapport à la question du 3e mandat et nous avons exprimé notre souhait au gouvernement que ces voix soient écoutées. »

Secondé par les amdassadeurs allemand, belge et français au Burundi, Patrick Spirlet confirme officiellement l'inquiétude internationale au regard des élections à venir. En mai se tiendront les élections cantonnales et législatives suivies des présidentielles en juin. Après treize ans de guerre civile  qui ont pris fin en 2006, le Burundi a tout intérêt à organiser ces élections dans la paix.


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