Le déclenchement de l'offensive pour la reconquête de Tikrit va permettre de tirer des enseignements militaires intéressants sur les capacités des troupes au sol dans ce genre d'opération. Mais également sur le moral des troupes dans la bataille, ainsi que leur homogénéité.

Les différents membres des forces alliées irakiennes

Pas moins de 30.000 hommes sont affectés à cette opération, cette force est composée des membres des forces de sécurité irakiennes, des soldats et des miliciens chiites, des hommes armés des tribus sunnites, ainsi que des miliciens kurdes. Le tout commandé par un général iranien... Un beau mélange pour aller reconquérir l'ex-fief de Saddam Hussein, la ville de Tikrit au cœur du territoire sunnite.

Une fois reprise, que restera-t-il réellement de la ville?

Combien de temps ces forces disparates resteront-elles unies?

La majorité des observateurs s'accordent pour dire que les frappes aériennes seules sont plus "un cautère sur une jambe de bois" qu'une réelle efficacité. Mais ces mêmes personnes sont sceptiques sur les capacités des forces locales à venir à bout de Daesh, non pas sur le plan strictement militaire où ils peuvent eux aussi prouver leurs compétences et être aussi sanguinaires que l'EI.

On en revient toujours au problèmes de rivalité des ethnies et la différence des motivations de chacun. Le système tribale est extrêmement fort surtout dans les régions reculées. Les oppositions chiites / sunnites en Iraq ne sont que la partie visible de l'iceberg qui cache la lutte féroce, par pays interposés, que se livre Téhéran et Riad pour la suprématie du monde musulman.
Le Kurdistan se verrait bien indépendant, mais chez les kurdes le ciment de l'identité n'est pas, contrairement à l'Irak, la religion, mais bien la langue et la culture.

Les alliances contre nature

Les Iraniens aident ouvertement et fortement les milices chiites, par des armes et du matériel et la présence de nombreux "conseillers". Le général Iranien Quasem Soleiman surnommé le "commandant de l'ombre" étant personnellement présent pour superviser les opérations. Pendant que l'ennemi juré, les États Unis alliés de l'Arabie Saoudite font la même chose de leur coté... Les soldats sunnites vont-ils longtemps cohabiter avec les chiites? Les kurdes eux ne rêvent que d'indépendance...

Pas d'appui aérien

Les Irakiens n'ont pas demandé à la coalition d'intervenir avec l'aviation. Un officier iranien porte-parole des milices iraniennes a déclaré que "Nous n'avons pas confiance dans la coalition, ce n'est pas avec les frappes aériennes que l'on gagne une guerre".

La question la plus importante est toujours là : Et après ?

Si militairement il parait vraisemblable que l'E.I. soit vaincue, en y mettant les moyens c'est faisable. Derrière, faute d'un solide projet cristallisant les énergies et les attentes que l'État Islamique a fait naitre, les efforts faits seront vains. Il est nécessaire de repenser le quotidien de ces peuples en guerre perpétuelle. La réelle négociation avec les bons interlocuteurs est indispensable. Sinon, ce sera reculé pour mieux sauter, un fanatique attisera un peu les braises qui couvent et le feu repartira une fois de plus...

Combien d'innocents doit-on sacrifier, pour faire comprendre aux politiques les erreurs, passées et présentes, avant qu'ils commencent à faire "les futures"? #Etat Islamique