C'est en parallèle à la première guerre mondiale que les faits se sont produits en #Turquie actuelle. Ce territoire était alors appelé l'Empire Ottoman, mais plus pour longtemps. À cette époque, le terme "génocide" n'existait pas. La population arménienne fut déportée par les autorités, voire même massacrée. En effet, entre 1,2 et 1,5 millions d'Arméniens furent tués, selon les estimations

Tout a commencé le 24 avril 1915… Le gouvernement de Constantinople, devenue Istanbul en 1930, ordonne l'arrestation de l'élite arménienne de la ville. En quelques jours à peine, des centaines d'intellectuels sont assassinés. C'est le début du premier génocide du 20ème siècle, et malheureusement, pas le dernier.

Les mois qui suivent sont caractérisés par la prise pour cible des Arméniens sur le territoire ottoman. D'abord, les soldats arméniens, pourtant fidèles et loyaux envers le pays, sont progressivement écartés du front, pour ensuite être exécutés. Ensuite, vient le tour de la population arménienne. Les jeunes hommes sont contraints à de lourds travaux, épuisants, et sont souvent exécutés sur place. Les femmes et les enfants sont déportés vers des zones désertiques en Syrie. La marche dans des conditions épouvantables, sous un soleil de plomb, sans manger ni boire, leur inflige une mort rapide. Pour les survivants, ils sont soit tués dans des camps de concentration, soit vendus pour devenir des esclaves, soit mariées de forces et converties à l'islam, pour certaines jeunes filles…

Les crimes sont opérés par les forces régulières, les policiers, voire même par des unités spéciales créées dans ce but à l'époque.

Finalement, en 1918, le massacre prend (plus ou moins) fin, après que le régime politique ait été en voie de transition, et que la guerre se soit terminée. Mais il faudra encore quelques années pour que de réelles avancées s'opèrent. Et c'est enfin en 1923, après trois années de réapparition des tensions, que les Arméniens ne furent plus persécutés de la sorte, mais n'étaient néanmoins pas les bienvenus en terre turque.

Coupables de ne pas être musulmans?

La population arménienne, une minorité chrétienne située au sein d'un empire musulman, était considérée depuis longtemps comme inférieure, parce que ne pratiquait pas l'islam. Et c'est véritablement avec l'arrivée au pouvoir du mouvement des Jeunes-Turcs en 1908 que cela s'est fait davantage sentir. Au départ, le régime était destiné à être moderniste et à entamer un processus de démocratisation. Mais rapidement, leur nationalisme a entraîné un racisme… Ils s'affirmaient effectivement soucieux de créer une nation turque racialement homogène.

Finalement, la première guerre mondiale aura servi de prétexte pour attaquer les Arméniens. En effet, l'Empire Ottoman s'est trouvé confronté à la Russie, pays ayant aussi une importante minorité arménienne sur ses terres. Partageant une frontière avec les Russes, l'Empire a justifié les attaques menées contre les Arméniens en les accusant de vouloir s'allier avec la Russie, et d'être des séparatistes, allant donc à l'encontre de l'Empire Ottoman.

En 1918, le gouvernement des Jeunes-Turcs perd le pouvoir. Se rendant compte qu'ils risquaient des représailles pour les meurtres et incitations à la violence commis, certains dirigeants ont pris la fuite. Le procès de Constantinople, se clôturant en 1919, a rendu son verdict en condamnant à mort les responsables du parti des Jeunes-Turcs. Cependant, la peine ne sera pas exécutée… Et en 1923, Ankara proclamera finalement l'amnistie, annulant ainsi les peines.

Les Arméniens ont cependant eu soif de revanche : entre 1921 et 1922, par le biais d'une campagne d'assassinats ciblés, Enver, Talaat, et Djemal, trois dirigeants du parti des Jeunes-Turcs ayant pris la fuite, ont été tués.

Un génocide non reconnu par la Turquie

Même si Recep Tayyip Erdogan, actuel président de la Turquie, a présenté des condoléances aux descendants des victimes en 2014, il se refuse toujours à qualifier ces faits comme étant un génocide. Et il en va de même globalement pour l'ensemble des Turcs, qui n'acceptent pas non plus que d'autres pays ou personnes publiques utilisent ce terme. Comme ce fut le cas récemment avec le pape François.

En règle générale, la Turquie estime qu'il s'agit d'une conséquence de la guerre, qualifiée de tragédie de 1915. En outre, les Turcs évoquent des "massacres mutuels", à un moment clé où l'empire était sur le point d'éclater.

À la fin de la première guerre mondiale, les pays vainqueurs étaient favorables à la cause arménienne. Mais après la deuxième guerre mondiale, et surtout, avec l'émergence de la guerre froide, la Turquie est devenue un allié important qu'il s'agissait de ne pas froisser.

C'est la raison pour laquelle la reconnaissance du génocide arménien ne s'est opérée que récemment par beaucoup de nations, dont la France en 2001. À l'heure actuelle, le génocide arménien est reconnu par une vingtaine de nations.