Les médias occidentaux : Un exercice bien rodé

David Pujadas et l'équipe de France #Télévision attendaient confirmation de cette entrevue depuis plus d'un an et demi. Le journaliste français, reconnaissant que #Bachar Al-Assad est au ban de la communauté internationale, a justifié cette demande en affirmant que le dirigeant syrien devait « être confronté aux faits ». C'est la première fois que le Président syrien accepte l'invitation d'une chaine française depuis le début du conflit en Syrie, il y a quatre ans.

C'est donc pendant 25 minutes environ que Bachar al-Assad a répondu aux questions de David Pujadas, dans un ancien palais présidentiel de Damas. Sûr de lui, le regard assuré, le dirigeant syrien a démonté une à une les affirmations du journaliste, qui avait pourtant amené avec lui quelques photos accablantes, notamment celle d'un hélicoptère larguant des bombes non-conventionnelles. Sans jamais sourciller, gardant le cap, Bachar al-Assad est sorti tout naturellement indemne de l'exercice. Il faut dire que les médias occidentaux n'ont plus de secret pour l'homme d'état. De Paris Match en décembre 2014, à la chaîne américaine CBS News le 30 mars dernier, le Président syrien est invité régulièrement à venir s'exprimer. Habitué à parler librement et parfaitement rodé, Bacha al-Assad a très bien géré cette nouvelle interview.

« Toute personne a assurément le droit de réclamer la liberté »

Utilisation des armes chimiques et aveugles, répression sanglante du peuple syrien, accord avec l'Iran ? Des mensonges, pour le Président syrien qui accuse les Occidentaux d'être à l'origine de la situation en Syrie. Le gaz de chlore ? Une invention. Malgré le rapport de Human Rights Watch que David Pujadas cite devant lui, Bachar al-Assad persiste : « Nous n'avons pas utilisé le chlore et nous n'en avons pas besoin ». Le discours est bien rôdé : c'est en considérant les rebelles djihadistes comme une opposition modérée et en les soutenant, notamment en leur fournissant des armes, que l'Occident a aidé l'Etat islamique à s'installer en Syrie. Ne reconnaissant pas l'existence même de cette opposition dans son pays, affirmant sans sourciller le soutien de son peuple dans le combat contre le terrorisme, Bachar al-Assad s'est présenté une fois de plus contre l'homme « qui souffre avec son peuple », seul face à l'organisation Etat islamique.

Soulignant l'arrivée tardive des forces internationales dans la ville de Kobané, le Président syrien dénonce l'élargissement de l'organisation Etat islamique dans la région et déplore le manque de sérieux des forces de la coalition « Comment pouvez vous dire qu'ils sont sérieux ? Ils n'aident personne dans cette région »

Quand al-Assad fait la leçon à François Hollande

Accusant le régime français d'être l'un des responsables de la situation syrienne, Bachar al-Assad pointe du doigt l'impopularité de #François Hollande: « Je crois que le principal message qui doit lui être adressé doit l'être par le peuple français. Les sondages en France montrent bien le message que Hollande devrait écouter d'avantage, à savoir qu'il est le Président le plus impopulaire depuis les années 50. »

Evoquant les attentats de Charlie Hebdo et la menace terroriste qui pèse sur le pays, Bachar al-Assad s'est montré grave : « Ce que vous avez vécu en France n'est que la partie émergée de l'iceberg. Quand on parle de terrorisme, sachez qu'il y a toute une montagne sous la mer, soyez conscient que cette montagne s'en prendra à votre société. »

Impassible, ayant réponse à tout, Bachar al-Assad a une fois de plus donné une image irréprochable et posée de lui-même. Plusieurs membres du PS ont manifesté leur colère ce matin sur les réseaux sociaux, comme François Lamy, ancien ministre socialiste, qui dénonce une interview "déshonorante pour le service public".  

Cette apparition télévisée relance le débat sur la médiatisation, nécessaire ou indécente, des dictateurs et hommes d'Etat sanglants. Depuis l'élection par le Time Magazine d'Adolf Hitler comme "Personnalité de l'année" en 1938, il semblerait que les médias aient choisi leur camp.