250 000 personnes. Voilà désormais le nombre d'habitants que la ville de Batouri, située à moins de 150 km de la frontière centrafricaine et à 90 km du chef- lieu de la région de l'Est-#Cameroun doit gérer. Depuis l'éclatement de la crise politique en République centrafricaine, des affrontements inter-communautaires entre Anti-balaka et ex-séléka ont entraîné un afflux massif de réfugiés vers le Cameroun voisin et plus particulièrement dans le département de la Kadey. Dans ce département peuplé par environ 200 000 habitants, plus de 50 000 hommes, femmes et enfants, fuyant la guerre, sont venus s'ajouter. 10 000 personnes à Bilé, 13 000 à Tolo, 20 000 à Gado, et 8 000 réfugiés à Timangolo.

Cette surpopulation brusque a eu des effets sur Batouri, chef-lieu du département de la Kadey, et pivot du ravitaillement en produits alimentaires, médicaux etc. Augmentation du prix des produits alimentaires et manufacturés, fait de Batouri une ville aussi chère que Yaoundé.

Les ONGs rafflent tout

Selon Laure Tchuidjan, employée dans un établissement de microfinance à Batouri : « Avant l'arrivée des refugiés, l'approvisionnement était aisé. Les cultivateurs notamment pour les vivres frais ont baissé les prix. Avant on pouvait avoir un seau de 5 litres de macabo au prix de 500 francs Cfa mais à présent, c'est la quantité divisée par trois qui est vendue à ce prix. Un poulet s'achetait à 2000 francs, mais aujourd'hui avoir le même poulet au prix de 8000 francs cfa relève d'un exploit. C'est pareil pour un régime de banane plantain », s'indigne t-elle.

Gwladys Ngansop Fanmegne, infirmière à Action Contre la Faim- Paris, Batouri est devenu au fil des mois, la plaque tournante entre, l'Est-Cameroun et la Centrafrique. « Avec l'arrivée des ONG comme MSF (Médécins sans Frontières), la Croix Rouge, ACF (Action Contre la Faim), le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, etc, la population des humanitaires est assez importante et donc les besoins aussi. La concurrence suscite la flambée des prix constatée. Les choses n'ont pas toujours été ainsi à Batouri ».

Effectuant de grosses commandes et n'ayant pas le temps de négocier une revue des prix à la baisse, les ONG attirent les gros producteurs. René, l'un des plus grands producteurs de volaille de la ville, fait partie de ceux qui ont abandonné les étals des marchés pour les magasins des ONG. « Par le passé, je recevais des commandes de manière sporadique. Avec le temps, le montant des commandes a augmenté. Aujourd'hui, je ne livre plus qu'aux ONG, qui approvisionnent les camps de réfugiés », nous explique-t-il.

Ce marché prospère des denrées destinées aux camps de réfugiés, alimente désormais des idées expansionnistes d'autres fermiers locaux. Ibrahim, originaire de l'Ouest-Cameroun, s'est installé à Batouri il y a dix mois, et s'est spécialisé dans la culture de la tomate. « La hausse des prix des denrées de premières nécessités liée au flux des réfugiés centrafricains est une manne venue du ciel. Mes bénéfices ont presque triplé. J'entends étendre ma surface utile lors de la prochaine saison de culture », projette-t-il.