« We are the world », la France aussi.

Les plus âgés se souviennent encore du coup de gueule télévisé d'Yves Montand face à la situation dramatique des boat people. Nous sommes en 1978. Cette année-là, l'odyssée de 2499 boat people du cargo Hai Hong fait la Une de tous les journaux. Un collectif d'intellectuels comme Jean-Paul Sartre ou Raymond Aron et de plusieurs artistes très en vogue comme Brigitte Bardot publie dans le journal Le Monde du 21 novembre, l'appel du comité « Un bateau pour le Vietnam ». Le but ? Affréter un bateau pour aller chercher tous les réfugiés bloqués en mer de Chine. Grâce à leurs actions, le caboteur « L'île de lumière » secours 30 000 personnes en 9 mois.

Une décennie plus tard, les plus jeunes se souviennent du collectif Chanteurs sans frontières qui mobilise en 1985 les plus grands artistes français de l'époque autour d'une action humanitaire : venir en aide à l'Ethiopie ravagée par la famine. Ecrite par le chanteur Renaud, la chanson « SOS Ethiopie » se vend rapidement à plus d'un million d'exemplaires et rapporte plus de 10 millions de francs. Au-delà du disque, l'association récolte en tout 23 millions de francs, distribués à 90% à l'ONG Médecins sans frontières.

Du Niger à la Syrie, le silence...

Depuis, si les conflits armés ont ravagé le monde, atteignant le paroxysme de la barbarie avec les exactions commises par les groupes terroristes comme Boko Haram ou l'organisation Etat islamique, aucun collectif artistique ou intellectuel ne s'est organisé pour s'engager en faveur des victimes. Des étudiantes enlevées au Nigéria aux camps de torture syriens, il semblerait que l'histoire du monde n'intéresse plus vraiment. Il est bien loin le temps où Michael Jackson lui-même mobilisait spontanément tout le gratin du show-bizz américain pour apporter de l'aide aux Ethiopiens.

La fin des années 80 a-t-elle emportée avec-elle la dynamique qui les caractérisaient ? Est-ce la banalisation de la haine ? Le manque de valeurs personnelles ? La victoire de l'individualisme, si propre à nos sociétés ? Quoi qu'il en soit, alors que le #Terrorisme et son expansion sanglante font désormais partie de notre quotidien, les artistes et les intellectuels français restent silencieux. Tout comme leurs concitoyens.