Blasting News : Votre association travaille au quotidien pour la défense des droits et la protection des réfugiés. Quelles sont vos principales missions en faveur des réfugiés qui arrivent en France ?

Jean-François Ploquin : On intervient sur toute la chaine, c'est à dire qu'on est déjà présents dans des plateformes d'accueil, premiers points de contact des personnes qui sollicitent la protection de la France. On gère ces plateformes d'accueil à Lyon, à Clermont Ferrand et à Nice. Cela représente, selon les plateformes, quelques centaines à quelques milliers de personnes par an : ouverture des droits, domiciliation, orientation à l'hébergement, aide à la rédaction du récit de demande d'asile etc.…On gère aussi des capacités d'hébergement qui ont différents statuts, notamment un centre de transit de 120 places dans le Rhône qui voit passer à peu près 1000 personnes par an. On gère aussi des centres d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) ainsi que des centres d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (CHEUDA). Nous nous occupons aussi de deux centres qui s'adressent aux personnes réfugiées, qui sont reconnues comme telles ou qui bénéficient d'une protection. C'est un travail d'aide à l'intégration et à l'insertion avec un programme dédié qui s'appelle « Accélère ». Il permet d'accéder à la formation professionnelle, à l'emploi et au logement. C'est un investissement assez lourd, financé par des fonds européens. Grâce à ce programme, nous arrivons à faire entrer 200 à 250 ménages par an dans le logement social, uniquement dans le département du Rhône.

Suite aux dernières catastrophes humanitaires qui ont eu lieu en Méditerranée ces jours-ci, quel est votre sentiment ?

Plus de 200 000 personnes sont arrivées par la Méditerranée en Europe l'année dernière. On est sur un phénomène qui a pris une ampleur considérable dont on ne voit d'ailleurs pas bien comment il pourrait s'arrêter. C'est un sujet extrêmement complexe qui nécessite des mesures immédiates, à moyen et à long terme. La guerre civile en Libye fait qu'il n'y a plus aucun contrôle aux frontières. Le contrôle est aujourd'hui fait par les filières mafieuses et criminelles. Avant même de parler de l'Europe, il y a déjà ce problème sur la rive Sud qui fait qu'il y a une défaillance majeure d'états qui n'ont pas signé la convention de Genève ou qui sont en tout cas incapables de prendre en considération les besoins de protection des populations sur leur sol.

Il y a une effectivement une réponse à donner en aval : ce sont des gens qui arrivent en Europe et là oui, on est dans la nécessité du sauvetage. On ne peut pas apprendre qu'un bateau est en perdition et laisser les gens se perdre; il faut secourir les personnes en danger et pour cela augmenter les moyens disponibles qui ne permettent actuellement pas de traiter la question, mais cela ne suffit pas. On ne peut pas se contenter sans fin d'accueillir les naufragés sans regarder pourquoi ils sont en situation de naufrage.

Qu'attendez-vous du Conseil européen extraordinaire qui se tiendra jeudi prochain ?

Des mesures d'urgence, même s'il n'y en a pas quarante. Se donner notamment les moyens de secourir ceux qui doivent l'être en assurant derrière une réponse sur le long terme. Les personnes qui invoquent un besoin de protection internationale doivent être accueillies en Europe et rentrer dans la procédure d'asile de la façon la plus partagée possible.

C'est la grande question du partage de l'accueil ! Il y a les pays très exposés sur la rive Sud comme l'Italie et la Grèce, il y a ceux qui ne sont pas en première ligne mais qui accueillent un grand nombre de demandeurs d'asile comme l'Allemagne, la Suède, la Belgique, la Hongrie qui revendiquent déjà un effort d'accueil considérable, et puis il y a les pays comme les pays scandinaves qui sont engagés dans de gros programmes de réfugiés, notamment originaires du Moyen-Orient. Chacun va mettre en avant ses statistiques pour dire qu'il fait déjà beaucoup. C'est compliqué. Il faudra probablement mettre en place des quotas. #Immigration #Syrie