Un millier de victimes en Méditerranée ces dernières 72h

Hier, c'est un nouveau navire qui a fait naufrage en pleine mer. Le voilier en bois, avec à son bord 200 personnes, s'est fracassé contre un rocher au large de Rhodes, ajoutant 3 victimes de plus au bilan déjà très lourd de ces dernières 72 heures. En effet, ce sont presque un millier de personnes qui ont perdu la vie suite aux deux naufrages de la semaine dernière, en pleine Méditerranée. Un chiffre record qui illustre la très forte augmentation du nombre de migrants victimes de naufrage, déjà plus nombreux sur les quatre premiers mois de l'année 2015 que pour les années 2012 et 2013 réunies, comme le constate l'agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Aussi, depuis le mois de janvier, 30 fois plus de migrants sont morts en mer que sur la même période en 2014.

Dimanche dernier, sur les 700 victimes estimées du naufrage qui a eu lieu au large de l'ile de Malte, seulement 24 corps ont été repêchés. A 130 km des cotes libyennes et dans une eau à 17°, les chances de retrouver des survivants étaient quasi nulles. Les personnes repêchées ont été transférées à Catane en Italie, avant d'être placées dans un centre d'accueil. "On sait que c'est dangereux, mais en Somalie, les Shebabs te coupent la gorge", dit l'un d'eux en mimant un égorgement avec le pouce à l'un de nos confrères de France info, actuellement sur place.

Libye, plaque tournante de l'immigration et du trafic

Sur ces bateaux à destination de l'Europe, une multitude de profils. Originaires d'Erythrée et de #Syrie notamment, les migrants ne sont pas toujours les plus pauvres de leur pays. Les diplômés sont aussi au rang des réfugiés qui tentent le tout pour le tout, espérant arriver sain et saufs sur les côtes européennes. Le grand départ se fait essentiellement en Libye, un pays où l'état n'existe presque plus et où les milices font la loi. On sait qu'actuellement, 85% des réfugiés qui arrivent en mer en Europe sont passés par la Libye. Un nouveau statut de « bombe migratoire » où trafic d'êtres humains et tortures semblent un passage obligé avant l'embarquement.

Car si l'Europe est sans conteste un but à atteindre, beaucoup de migrants ont témoigné des conditions dramatiques dans lesquelles ils ont été enfermés sur les embarcations, sans possibilité de faire marche arrière. Malgré le danger et le risque de naufrage que tous connaissent, le départ en bateau reste pour beaucoup une opportunité. Après avoir été torturés dans des camps de réfugiés sur place (une quarantaine de camps de torture ont été recensés en Libye), beaucoup considèrent qu'ils n'ont plus rien à perdre, la traversée étant la dernière étape d'un parcours qui dure parfois depuis trois ou quatre ans.

Sur place, le trafic organisé par les passeurs bat son plein, ceux-ci réclamant de 500 à 1500 euros pour la traversée. Dans une conversation entre cellules djihadistes, interceptée par les autorités italiennes en février dernier, le message était clair « On leur envoie 500 000 personnes », menaçaient-ils, si l'Europe continuait à intervenir en Syrie.

« L'Union européenne a regardé ailleurs »

Face à l'inertie de l'Europe, le Haut commissariat aux réfugiés, (HCR) a rédigé 11 recommandations pour lutter contre la catastrophe humanitaire. Si la priorité est donnée à la protection de ceux qui partent, le HCR réaffirme la nécessité de mettre en place une politique de solidarité entre les états qui doivent se répartir les arrivants, alors que seulement cinq pays européens accueillent ces réfugiés à l'heure actuelle. Selon Pierre Henry, Directeur général de l'ONG France Terre d'Asile, « L'Italie s'est trouvée seule, l'#Union Européenne a regardé ailleurs ».

Certains outils existent déjà mais ne sont pas mis en pratique. La directive de protection temporaire mise en place après la guerre du Kosovo en 1997 et adoptée en 2001, n'a, par exemple, jamais été utilisée.

Lundi dernier, suite au deuxième naufrage catastrophique, un Sommet européen extraordinaire a été décidé en urgence. Il devrait se dérouler ce jeudi à Bruxelles. Face à la situation, Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a affirmé que les Européens devaient «continuer à travailler sur les causes profondes de l'#Immigration et particulièrement sur l'instabilité dans la région, de l'Irak à la Libye ».

De son côté, François Hollande a appelé hier matin à traiter "les causes mêmes de ce qui produit ces drames", à savoir les "pays qui sont à l'abandon" comme la Libye ou l'Érythrée. Une déclaration qui pose la question de l'intervention internationale militaire dans les pays concernés et d'une prise en charge en amont.