Ils sont aujourd'hui une vingtaine de pays à avoir reconnu officiellement le génocide arménien, tout comme le Parlement européen. C'est l'Uruguay qui a ouvert la voie en 1965. L'Argentine, Chypre, la Russie, puis la France et la Syrie notamment lui ont depuis emboité le pas. Mais la liste s'allonge fréquemment et le phénomène s'est accéléré à l'approche des commémorations du centenaire du drame. Alors que le 12 avril dernier le pape François a prononcé publiquement le terme de « génocide », l'Allemagne a reconnu à son tour le génocide arménien, jeudi soir. "Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons surmonter ce qui nous divise et nous a divisés", a déclaré le président Joachim Gauck. Alors que le pays abrite la plus grande communauté turque à l'étranger, il a par ailleurs souligné la « coresponsabilité » de son pays dans la tragédie qui a couté la vie à 1,5 millions d'Arméniens.

En occident, ce n'est qu'à partir des années 80 que le souvenir du massacre des arméniens se rappelle aux chefs d'Etat. Dans la plupart des cas, cette reconnaissance est le résultat d'un projet de résolution soumis ou adopté par le Parlement. Aux Etats-Unis, des résolutions ont été présentées plusieurs fois à la Chambre des représentants et à sa commission des affaires étrangères, sans que ces textes ne soient adoptés, le Président Barack Obama préférant encore aujourd'hui parler de « massacres ». Une non-reconnaissance qui conforte Ankara dans ses positions.

En France, la question est rapidement devenu un argument électoral. En 2001, le pays reconnaît publiquement le génocide arménien dans la loi du 29 janvier. En 2006, le parti socialiste tente de pénaliser la négation du génocide mais le texte sera vite enterré par François Hollande, alors soucieux de retisser de bonnes relations avec la #Turquie. En 2012, Nicolas Sarkozy s'était à son tour emparé du sujet pour récupérer les voix des électeurs d'origine arménienne.

« Une injure au peuple turc contraire aux faits »

Face à la communauté internationale, la Turquie reste impassible et condamne fermement chaque nouvelle reconnaissance du génocide. Les derniers à en avoir fait les frais sont les Autrichiens, le 22 avril dernier. Alors que le Parlement viennois reconnaissait symboliquement l'évènement tragique perpétré par l'Empire ottoman en observant une minute de silence en mémoire des victimes, la Turquie a décidé sans cérémonie de rappeler son ambassadeur Hasan Gögüs, considérant que « La déclaration du Parlement autrichien a créé des cicatrices permanentes dans l'amitié et les relations entre la Turquie et l'Autriche ». Rappelons qu'elle avait déjà rapatrié son ambassadeur du Vatican quelques jours plus tôt…

Une réaction radicale qui pose le problème de la diplomatie internationale pour bon nombre de pays déjà pris à partie par la décision du président turc de commémorer ce 24 avril la bataille de Gallipoli et d'effacer ainsi ce centenaire historique. Qui ira ? Qui n'ira pas ? Sans surprise, on sait déjà que François Hollande sera à Erevan, la capitale arménienne, où des centaines de milliers de personnes sont attendues. #Arménie