Meurtres et attentats : personnalités et intérêts turcs pris pour cible

Dès les années 70, alors que la Turquie reste campée sur ses positions, refusant de reconnaître le génocide arménien de 1915, plusieurs groupes armés arméniens vont utiliser la violence pour faire sortir le génocide du silence et forcer la Turquie a reconnaître le drame. A l'automne 1975, au cœur de Paris, l'ambassadeur de Turquie Ismail Erez est assassiné dans sa voiture alors qu'il circulait sur le pont Bir-Hakeim. Cette exécution fait suite à celle d'un autre ambassadeur turc, perpétré deux jours avant, à Vienne. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Michel Poniatowsky, déclarait alors « Nous allons poursuivre l'enquête dans les milieux les plus divers ».

ASALA, l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie

Si ces deux attentats ont été commandités par le Commandos des justiciers du génocide arménien, branche armée de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA), c'est l'Armée secrète arménienne de libération de l'#Arménie (ASALA), fondamentalement d'inspiration marxiste et antirévolutionnaire, qui perpétra le plus d'attaques.

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Fondée à Beyrouth en 1975 par des jeunes arméniens issus de la diaspora et installés au Liban, l'Asala s'inspire de l'OLP et revendique plus d'une centaine de meurtres politiques et d'attentats aveugles. Dans une déclaration publique du 10 juillet 1978, le groupe armé affirme sa ligne politique et ses objectifs : « Le seul ennemi de l'Asala est le gouvernement turc » ou encore « Le combattant de l'Asala n'est pas un terroriste mais un pur révolutionnaire ».

Au dernier trimestre 1979, ce sont pas moins de 15 attentats qui touchent l'Europe, notamment les villes de Madrid, Milan, Francfort. A Paris, plusieurs attentats ont lieu au début des années 80. En 1982, une bombe explose dans un pub du quartier de Saint Germain-des-Près blessant deux étudiantes espagnoles. La même semaine, c'est une autre bombe qui saute place Saint-Michel.

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L'année suivante, en 1983, le comptoir de la Turkish Airlines de l'aéroport d'Orly est pris pour cible : l'attentat fait huit morts. Ara Toranian, alors responsable du Mouvement national arménien, condamne les terroristes tout en affirmant « Cela dit, il y a un conflit arméno-turc où d'un côté il y a un Etat turc qui depuis 60 ans mène une politique de génocide et de parachèvement du génocide arménien ».

Cette vague d'attentats fera sortir de l'ombre le génocide arménien jusqu'alors tombé aux oubliettes. Le Président français François Mitterrand utilise alors le terme de génocide pour la première fois en affirmant « Il n'est pas possible d'effacer la trace du génocide qui vous a frappé ».

Mais si la communauté internationale se réveille, elle n'est en pas moins choquée par la virulence de ce dernier attentat qui provoque l'indignation et aussi la dissension au sein même du groupe armé. L'escalade de la violence éloigne alors une partie de la diaspora arménienne qui refuse de continuer à soutenir l'organisation.

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Il marque ainsi la fin des actions de l'Asala. En 1988, son chef et fondateur Hagop Hagopian est assassiné. Sa disparition met un point final à la parenthèse violente des terroristes arméniens. #Terrorisme