Avec l'assaut mené à l'université de Garissa, le Kenya a connu l'attaque la plus meurtrière sur son sol, depuis celle contre l'ambassade des Etats-Unis en 1998. Revendiquée par les shebab somaliens, le lieu de l'offensive a un peu surpris tout le monde. « On savait que quelque chose se préparait. Mais on s'attendait plus à des attaques dans des villes comme Mombasa ou Nairobi », souligne Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste de la Somalie. « Attaquer cette université avec beaucoup de jeunes est un choix d'opportunité pour créer le même effroi que lors de l'attaque du centre commercial Westgate en septembre 2013 qui avait causé la mort de septante personnes. C'est une université où il y a des chrétiens et des musulmans et le choc est terrible ».

En tant que spécialiste de la Somalie, Roland Marchal voit trois raisons pour expliquer cette attaque. « Les shebab ont d'abord été victimes de plusieurs frappes qui ont éliminé des responsables importants, ces dernières semaines. Ils montrent qu'ils sont toujours là et qu'ils savent frapper très fort. La deuxième est la volonté de montrer que l'organisation ne se limite plus à la Somalie mais agit également au-delà des frontières somaliennes. Enfin, la troisième est de rappeler que les shebab ne recrutent plus qu'en Somalie mais partout en #Afrique de l'Est et notamment des Kényans ».

#Jihad

Les shebab sont incapables de gagner la guerre

La présence de Kényans dans cette organisation, voilà un vif débat qui fera l'objet de beaucoup de discussions dans les semaines à venir. « Lors de l'attaque du Westgate, le gouvernement avait nié la présence de Kényans. Aujourd'hui, on entend le même discours alors que la réalité est là ». Que faire alors pour contrer tous ces hommes ? « Il faut revenir aux fondamentaux. Les shebab mènent actuellement une guerre qu'ils sont incapables de gagner. Mais ils sont toujours capables de recruter une partie de la population somalienne. Ce qui est en train de se passer, c'est la mise en place d'une solution voulue par les Etats de la région, endossée par la Communauté internationale mais pas par une minorité réelle de la population somalienne. Il faut des réponses militaires et sécuritaires concrètes. Les gouvernements somalien, éthiopien et kényan ne semblent pas les trouver. Et la Communauté internationale et l'UE restent silencieuses. Il faudrait reprendre le débat », conclut Roland Marchal.