On n'aurait jamais pu croire ce geste possible il y a encore quelques années et hier encore, les pronostics quant à une poignée de main échangée entre Raoul Castro et Barak Obama n'étaient pas forcément positifs. Et pourtant, les deux chefs d'Etat que tout oppose se sont bel et bien salués ce vendredi soir, lors du dîner d'ouverture du Sommet des Amériques. Le sourire aux lèvres, Obama et Castro ont échangé quelques mots avant de rejoindre les autres dirigeants, comme le montre cette photo postée sur Twitter par le département d'Etat. La rencontre est historique : depuis 1959, aucun président des deux pays ne s'étaient rencontrés durant cette longue guerre froide. Le Sommet des Amériques, qui se tient au Panama ce vendredi et samedi et auquel participe pour la première fois #Cuba, s'annonce comme le début d'une nouvelle ère pour les relations américo-cubaines.

Des concessions à faire

Tout a en tout cas été mis en œuvre dans ce but. Jeudi, John Kerry et son homologue cubain Bruno Rodriguez s'étaient rencontrés, pour préparer en détail la fameuse conversation qu'auront les présidents ce samedi. Ils sont « tombés d'accord sur le fait qu'ils avaient réalisé des progrès et que nous allions continuer à travailler pour régler les questions en suspens », a déclaré à ce propos un haut responsable. Il faut dire que les tractations entre Cuba et les #Etats-Unis n'ont réellement commencé qu'en décembre dernier, lors de l'annonce surprenante du rétablissement des relations entre les deux pays. Depuis, Roberta Jacobson, secrétaire d'Etat adjointe, et Josefina Vidal, diplomate cubaine, avaient œuvré dans l'ombre pour établir quelques conditions nécessaires à la normalisation des relations entre les deux pays. Un échange de prisonniers a tout d'abord été effectué, histoire de mettre en confiance les deux chefs d'Etat. La question de la création d'une ambassade américaine à La Havane était également au programme, mais il faudra tout d'abord que #Barack Obama lâche du lest. Castro demande en effet à ce que l'île communiste soit rayée définitivement de la fameuse liste des pays terroristes. À ce sujet, le président américain se veut confiant. « Cette liste est un outil puissant pour isoler les pays qui participent au terrorisme. Nous voulons être sûr lorsque nous désignons ces pays comme terroristes, nous ayons des preuves que ce soit bien le cas. Si les circonstances changent, la liste elle aussi doit changer (…). Nous prendrons le temps d'examiner tous les éléments », a déclaré Barack Obama à son arrivée à Panama City. Autre condition imposée par La Havane : la levée du blocus, permettant à la fois aux Cubains de pouvoir aller aux Etats-Unis et aux Américains de voyager sur l'île, et de laisser entrer sur le territoire communiste des marchandises jusqu'ici interdites.

Une nouvelle vie pour les Cubains?

La tâche ne s'annonce toutefois pas évidente pour le président américain. À la tête d'un Sénat qui ne partage bien souvent pas ses idées, il devra manœuvrer pour faire changer d'avis les Républicains qui voient toujours en Cuba un ennemi, après des décennies de guerre froide. De son côté, Raoul Castro devra prouver à son homologue que Cuba n'est plus la dictature qu'elle fût un temps. Néanmoins, la vie des Cubains ne risque pas de changer de sitôt, comme nous l'explique Marie-France Lallamand, du collectif Nuestra America qui regroupe plusieurs associations en aide aux populations sud-américaines. « Outre le fait que les Cubains vivant aux Etats-Unis ne sont toujours pas davantage libres de rentrer au pays pour visiter la famille, il y a toujours ce fameux problème économique qui fait que les Cubains ne peuvent payer avec des dollars lorsqu'ils sont sur le sol américain. Ils sont à chaque fois obligés d'être accompagnés par un Américain pour bêtement pouvoir faire des courses, aller au restaurant… Même la diplomate cubaine engagée dans les tractations avec les Etats-Unis a dû subir cet inconvénient. Et rien n'indique que cette situation pourrait changer dans les années à venir », explique-t-elle. Les Cubains, gravement impactés par cette guerre froide, n'ont plus qu'à croiser les doigts en espérant que la réunion qui se tiendra plus tard dans la journée de samedi entre les deux chefs d'Etat aboutira enfin à quelque chose de concret.