De 100 à 200 personnes se sont retrouvées ce samedi 25 avril place Edmond Michelet à Paris pour apporter leur soutien à Serge Atlaoui, Français emprisonné depuis dix ans en Indonésie, et condamné à mort pour trafic de drogue. Arrêté en 2005, Serge Atlaoui est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avant de faire appel et de voir la sentence être commuée en peine de mort en 2007. Alors que son dernier recours a été rejeté le 21 avril dernier, proches, anonymes et associations ont ainsi répondu à l'appel de l'organisation Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) : "On est là pour sauver cet homme, pour soutenir Serge Atlaoui, ses proches, sa famille. On veut qu'il s'en sorte rapidement, qu'il retrouve sa liberté", insiste Voltuan, poète et activiste.

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Sur l'estrade, montée pour l'occasion, Richard Sédillot, l'avocat de Serge Atlaoui, est l'un des premiers à s'exprimer : "Nous travaillons depuis 8 ans sur ce dossier, avec ECPM, avec l'État, et nous sommes très touchés par votre présence. Je réclame au Président indonésien (Joko Widodo) le procès qui ne s'est jamais tenu, que la Cour examine les preuves capitales que nous avons mis à sa disposition et qui ont été jusque à présent balayées d'un revers de la main. Je demande à l'Indonésie une procédure conforme". Depuis 2005, Serge Atlaoui clame son innocence et affirme qu'il n'a fait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique, et qui abritait en réalité une fabrique clandestine d'ecstasy. Ses proches dénoncent un procès expéditif ainsi qu'un système judiciaire indonésien dysfonctionnel.

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Exécution retardée : Serge Atlaoui et ses proches gardent espoir



Alors que les préparatifs de l'exécution de Serge Atlaoui, 51 ans, et des neufs autres condamnés dans cette affaire, prévue le 28 avril, ont été lancé jeudi, le Français a obtenu un sursis, en raison d'une procédure encore en cours devant le tribunal administratif de Jakarta. Jointe par téléphone depuis la capitale indonésienne, sa femme Sabine a fait part de son émotion à la foule "après 48h d'enfer inimaginables". Elle a également tenu à remercier les personnes mobilisées à Paris, mais aussi à Metz où un rassemblement était prévu dans la journée : "Vous avoir à nos côtés chaque minute nous a aidé à rester debout et à garder espoir. Le combat n'est pas fini. La peine de mort est un acte barbare, c'est une torture, cela doit s'arrêter" a-t-elle ainsi déclaré. Devant les panneaux et les pancartes de soutien à Serge Atlaoui et sous les applaudissements des personnes présentes ce samedi, la soeur du condamné, Nathalie, a insisté sur la nécessité de "garder espoir, d'avancer, de se battre".

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Et d'ajouter : "Ce qu'on demande, c'est la #Justice pour notre frère". Au-delà du cas Atlaoui, la volonté de lutter pour une abolition universelle de la peine de mort était au coeur de ce rassemblement : "Nous condamnons, au-delà de Serge, cette pratique. Nous devons à nouveau nous lever pour lutter contre ces peines inacceptables" a ainsi martelé Stephan Oberreit, directeur exécutif d'Amnesty France. Avant de pointer du doigt l'attitude contradictoire des autorités indonésiennes : "Lutter contre le trafic de drogue avec la peine de mort ne sert à rien. Il y a un double langage dans ce pays qui se bat pour que ses ressortissants condamnés à mort à l'étranger ne soient pas exécutés, mais qui ne montre pas l'exemple sur son territoire".



François Hollande menace l'Indonésie



En marge du rassemblement parisien, le chef de l'État français, en visite à Bakou en Azerbaïdjan, a évoqué des conséquences "diplomatiques" possibles pour l'Indonésie si Serge Atlaoui venait à être exécuté. Alors que le Président indonésien, Joko Widodo, a refusé de gracier le Français et les autres condamnés, François Hollande a en effet indiqué que "s'il est exécuté, il y aura des conséquences avec la France et l'Europe parce qu'on ne peut pas accepter ce type d'exécutions". Outre la déclaration du Président Hollande, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dénoncé dans une lettre adressée à son homologue indonésienne le fait que Serge Atlaoui n'ait pas bénéficié du plein exercice de ses droits, du fait de graves dysfonctionnements de la justice indonésienne. Les neuf autres détenus, parmi lesquels huit étrangers, ont de leur côté reçu ce samedi leur notification officielle d'exécution imminente. En cas d'exécution, Serge Atlaoui serait le premier Français a être effectivement condamné à mort depuis 1977.