Contrairement à ce qui était annoncé, les transporteurs de passagers par minibus ou «Cargos» vont donc continuer à circuler dans les artères de la capitale camerounaise. La décision a été prise au terme d'une réunion bipartite tenue jeudi dernier entre les acteurs du secteur des transports exerçant à Yaoundé et les autorités administratives. Une issue qui a réjoui les usagers concernés.

Forte odeur de manipulation

Qui se cachait derrière la décision du gouverneur d'interdire la circulation des « Cargos » ? La question reste toute entière. Entre conducteurs de taxi, qui se faisaient ravir la recette par ces concurrents « clandestins » ; la rumeur de l'existence d'un « mystérieux » nouveau concessionnaire privé depuis quelques mois; et la version d'une volonté de mettre fin au désordre urbain, bien malin, celui qui parviendrait à répondre clairement à cette interrogation !

Pourtant, de chaque côté, on défend ses arguments avec force. Premiers défenseurs, les étudiants de l'Université de Yaoundé 2, une université située en zone péri urbaine (18 km de Yaoundé), et dont les déplacements dépendent majoritairement de ces « Cargos ». Ce sont eux qui sont à l'origine de la rumeur sur l'arrivée d'un nouveau concessionnaire privé au #Cameroun.

Deuxième défenseur, le Syntrapurcam (Syndicat des chauffeurs de transports péri urbain et rural du Cameroun), qui va plus loin que les étudiants, en affirmant que le gouverneur de la région du Centre, Joseph Otto Wilson, aurait été influencé par des intérêts inavoués. «Il ya a une main cachée derrière cette situation. Nous avons des informations selon lesquelles, c'est un particulier qui a du manipuler l'autorité administrative pour qu'on lui laisse le terrain comme cela s'est passé à Douala», affirme Prosper Essomba, président du Syntrapurcam. Ce sont certainement eux qui ont influencé la volte face du gouverneur de la région du Centre.

Du côté des conducteurs de taxi, on regrette la décision du gouverneur. Pour Nembo Bruno, conducteur lui aussi :  «le retrait de la décision du gouverneur est regrettable avec tout ce que font ces «clandos» (pour clandestins), en terme de désordre».

Yaoundé n'est pas Douala

Mais le gouverneur de la région du Centre pouvait-il maintenir sa décision d'interdire la circulation des cargos dans la ville de Yaoundé ? Non, répond Lekou Norberd. Pour ce fiscaliste, «c'est une histoire d'enjeux. La marche arrière de l'autorité répond à plusieurs considérations. L'apport fiscal de cette activité est très importance dans les recettes de l'Etat». Les presque 300 voitures en service versent la somme de 209 700 000 par an, soit 699 000frcs Cfa par voiture - l'assurance 500 000frcs; visite technique 24 000frcs; patente 54 000 ; carte bleue 36 000frcs ; impôt libératoire 40 000frcs ; stationnement 15 000frcs ; licence de transport 18 000frcs.

La victoire des transporteurs par minibus sur l'autorité administrative a vu l'intervention d'autres groupes d'intérêts notamment des élites du Centre, jaloux de la survie de leurs «frères». En effet, les transporteurs étaient décidés à ne pas céder.

Pour mémoire en 2014, le ministre du transport avait interdit les transports de voyageurs dans l'intervalle 22h-05 heures du matin d'une ville à l'autre. Une décision qui n'avait pas prospérée. #service public