L'Arabie Saoudite et la coalition arabe Égypte/Qatar/Émirats qui pilonnent le Yémen posent un problème à l'administration américaine et surtout à Obama en fin de mandat. Après avoir été Satan, les États-Unis retrouvent de la considération pour les Iraniens grâce à la négociation de Genève sur le nucléaire. L'Iran chiite s'est toujours opposé à l'Arabie Saoudite sunnite pour la domination régionale au Moyen Orient. Depuis les printemps arabes, surtout dans le Maghreb, les États-Unis semblent perdus car ils ont beaucoup de mal à avoir une ligne stratégique claire envers leurs alliés traditionnels l'#Arabie Saoudite et l'Égypte et leurs obligés modernes l'Irak et l'#Iran.

Les Américains ont toujours reproché à l'Iran, sans le dire à haute voix, de soutenir les milices chiites des Houthis contre la coalition qu'ils renseignent sur les positions des Houthis au Yémen. Après l'Irak, Washington estimait mettre en place une politique de résolution des conflits fondée sur la négociation, en intégrant quasiment à la même table les frères ennemis sunnites et chiites. C'est un échec car l'Arabie Saoudite ne l'entend pas ainsi et a préféré le choix du bombardement du Yémen qui, sur ses flancs sud-ouest, constitue une menace pour la stabilité de la pétro-monarchie saoudienne.

Pour éviter l'embrasement de la région, Washington conseille la coalition sur les cibles à atteindre pour éviter à l'Iran d'accentuer sa collaboration aux milices houthis, chiites et yémenites. Washington a compris que, pour l'Iran, seul un dialogue national est possible dans lequel les Houthis doivent avoir toute leur place. Washington se trouve dans une seringue. Comment permettre à l'Arabie Saoudite de bombarder le Yémen au nom des liens traditionnels et historiques tout en préservant l'Iran qui va devenir un nouveau partenaire dans ce Moyen Orient complexe qui est en train de se façonner aux yeux du monde?

D'autres conflits existent, la guerre civile en Syrie, mais aussi dans une partie de l'Irak et de la Syrie avec l'organisation de l'État islamique, ou encore on assiste à des revendications en Turquie. Le conflit israélo-palestinien n'est pas terminé. Dans le Maghreb, les printemps arabes n'ont pas installé réellement la démocratie. La Libye est gouvernée par de nombreuses milices. En Égypte les frères musulmans sont en prison, en Tunisie l'élection présidentielle a subi l'épreuve du feu avec l'attaque terroriste, en Algérie la question de la succession de Bouteflika se pose, au Maroc la présence du Roi est un ciment pour l'union des Marocains mais la lancinante question du Front polisario et du Sahara occidental introduit une paix froide entre l'Algérie et le Maroc.

On peut ajouter le développement des mouvements terroristes qui partent du Maghreb, surtout de la Libye vers la Somalie et vers la partie sahélo-saharienne de l'Afrique. Il y a donc pour Washington énormément de foyers potentiels d'explosions et d'insurrections qui, très vite, peuvent apparaître si l'affrontement entre l'Arabie Saoudite et Téhéran se poursuit avec des effets collatéraux et de propagation du Moyen Orient vers le Maghreb.

Que fera Washington si les 150.000 soldats saoudiens massés à la frontière yémenite se décident à intervenir pour accompagner les bombardements? Que fera Washington si l'Iran décide, au nom des liens humanitaires et religieux, d'aider de façon explicite les Houthis yémenites? Il revient à Washington de définir un plan global de résolution des conflits au Moyen-Orient. Obama est-il en capacité de le faire avant son départ de la Maison Blanche? #Etats-Unis