#François Hollande est à #Cuba. C'est un moment historique et un tournant dans la perception que nous avons de ce pays situé dans les Caraïbes. Le président français a rencontré Fidel Castro, le commandant en chef, malgré sa retraite politique relative. Le message de François Hollande est clair: améliorer les échanges économiques avec Cuba. Pour ne citer qu'un exemple, l'entreprise française Total vient d'obtenir l'extension d'un pré-accord concernant la vente de produits pétroliers. Le voyage du président a clairement une dimension économique et géopolitique.

Sur le plan économique, la France est le 10ème partenaire de Cuba. Elle veut améliorer ses positions économiques grâce à ses entreprises de BTP et de transport pour les infrastructures. Raoul Castro et François Hollande ont signé des accords économiques qui permettront à la France d'être plus présente à Cuba le jour où l'embargo sera levé. Dans d'autres domaines, comme celui de la santé, certains laboratoires pharmaceutiques français entretiennent depuis très longtemps des relations d'entreprenariat et de collaboration avec les chercheurs cubains de haut niveau en médecine.

Si l'internet est considéré comme une activité économique, il faut reconnaitre à la France son aide à Cuba pour la mise en place d'un internet gouvernemental géré par l'Etat cubain, mais laissant de côté les internautes indépendants. Autant dire que la toile cubaine est largement contrôlée par le pouvoir et que les Cubains ne peuvent exprimer leur colère et encore moins leur ressentiment à l'égard du régime politique. Ce constat nous amène au volet géopolitique.

Cuba subit un embargo depuis fort longtemps. Le réchauffement des relations entre Cuba et les Etats-Unis a été facilité par le pape François. On se souvient aussi de la poignée de main entre Obama et Raul Castro au cours de la cérémonie funéraire et d'adieu rendue à Mandela en Afrique du Sud.

Si on regarde la géopolitique des Caraïbes, la France, par sa frontière maritime en Guyane, doit régler des problèmes avec le Suriname et continuer à exister dans cette partie du monde. On peut regretter qu'après avoir décoré le cardinal Ortega de la légion d'honneur, François Hollande n'ait daigné recevoir les dissidents et parler des droits de l'Homme qui constituent une épine dans le pied cubain. À ces attaques, François Hollande a répondu que cette incertitude de la position française est liée à la politique. On ne pouvait en même temps réchauffer les relations et parler des choses qui fâchent. C'est un peu comme lorsqu'un couple se sépare, les retrouvailles sont articulées autour du plaisir de se revoir et les reproches que l'on se fait l'un à l'autre sont reportés à plus tard. Pour Hollande, il faut donner au temps, le temps, selon la formule mitterrandienne. L'ouverture prochaine des ambassades entre les Etats Unis et Cuba va constituer une fenêtre large que la France va emprunter pour faire du commerce et parler des droits de l'Homme.

Hollande fait un pari: ne pas braquer les autorités cubaines sur les questions des droits de l'Homme. On doit commercer avec Cuba. Le commerce adoucit les mœurs et participe, à sa manière, à la transformation du régime politique cubain. Raul Castro a dit qu'il partirait en 2018, il sera peut-être opportun à ce moment-là de s'intéresser aux droits de l'Homme et humains et à leur respect réel à Cuba.