Blasting News : Quelle est l'atmosphère dans les rues ? Les gens sont-ils plutôt calmes, résolus, énervés ?

Dans les rues actuellement l'atmosphère est plutôt calme. Mais dans la journée, les jeunes de certains quartiers de Bujumbura (Nyakabiga, Musaga, Cibitoke, Buterere, etc...) ont essayé de remettre des barrières dans les rues, et ont commencé à manifester. Les policiers ont vite dégagé tous les obstacles, des fois en tirant sur les manifestants. Les gens sont découragés, anéantis et ont surtout peur. Là où vit ma famille, c'est plutôt tranquille, mais pour combien de temps, difficile à dire.

Quelle a été la réaction des Burundais à l'annonce du coup d'état, et lorsque celui-ci est retombé à l'annonce de la reddition du général ?

Lorsque les Burundais, surtout ceux qui sont contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, ont appris la nouvelle, sur les ondes des radios privées, ils étaient très soulagés. Pour eux, le général Godefroid Niyombare, à la tête du putsch, était considéré comme le libérateur. Il était celui qui vient de sauver le pays, qui aurait pu assurer la transition en attendant de passer la main aux civils afin de mieux préparer les élections. La capitulation du Général et de son groupe a replongé les Burundais dans la peur surtout qu'au cours de cette tentative de coup d'état, tous les médias privés ont été attaqués, incendiés et donc ne fonctionnent plus. Entre les rumeurs et la désinformation de la population, la peur et la tension sont palpables.

Pourquoi les Burundais ne veulent-ils pas que leur président soit réélu ?

Au delà de la volonté de briguer un troisième mandat en violant la constitution et les accords d'Arusha, la population ne veut plus du président Pierre Nkurunziza aux commandes depuis 2005, parce qu'elle souffre de la pauvreté. Le Burundi est le 2ème pays le plus pauvre du monde. Toutes les mesures de soulagement ou de développement du président, ont manqué d'accompagnements, ainsi par exemple la gratuité de la scolarité, depuis 2005, rencontre de sérieux problèmes de manque d'enseignants, de classes, de matériels scolaires etc...Le chômage n'a pas cessé d'augmenter. Certains fonctionnaires ont même été licenciés de leurs postes parce qu'ils n'étaient pas partisans du parti CNDD FDD. Bref, le peuple qui ne le souhaite plus au pouvoir considère qu'il peut passer la main à quelqu'un d'autre, qui lui présenterait un vrai projet politique et ainsi soulager la population qui souffre tant. #Afrique

Quel est votre avis personnel sur ces événements, en tant que Burundaise ?

Personnellement, je me sens perdue. Je suis triste pour mon pays. Je suis triste de voir qu'un seul homme peut prendre en otage tout un peuple. J'ai peur pour la suite des événements. Il n y a plus de radios privées, les gens de la société civile sont recherchés par les partisans du pouvoir. J'ai peur qu'il y ait des massacres comme en 1993. J'ai vécu moi même la guerre à cette époque-là. J'étais très jeune et je ne savais pas ce que voulait dire Hutu et Tutsi, ni l'ampleur des problèmes ethniques de notre pays. J'ai perdu plus de 50 personnes dans ma famille, et donc quand je regarde et analyse la situation actuelle ça risque de se reproduire. Certes, pour le moment, il n'y a pas de guerre ethnique mais ce pouvoir est prêt à tout et a commencé d'instrumentaliser le conflit ...

Pensez-vous que la situation va se calmer, ou au contraire dégénérer ?

Cette question est très difficile dans un pays où il n y a plus de médias. J'ai regardé tout à l'heure le discours du président à son retour au Palais présidentiel, et sérieusement il n'y a rien de rassurant. On sent qu'il y a beaucoup d'amalgames. Il minimise l'ampleur des manifestations en disant que ce n'est qu'un petit groupe d'individus. Mais entre temps il y a eu plus de 20 morts en deux semaines. Il a lié les manifestations au putsch, il les considère comme des insurrectionnels et demande qu'ils arrêtent immédiatement leur protestation. De l'autre côté, les gens de la société civile appellent à la manifestation, à ne pas lâcher tant que le président Pierre Nkurunziza ne renonce pas à sa candidature. Pour le président Nkurunziza, il n' y a pas d'insécurité au Burundi et les élections se dérouleront selon le calendrier de départ, c'est à dire les législatives le 26 mai et la présidentielle le 26 juin. A l'intérieur du pays ( les provinces), comme il n'y a pas de médias à part la Radio Télévision Nationale , la RTNB, la population est confuse et manipulée. Et puis, à cause de la milice, Imbonerakure, du parti CNDD FDD au pouvoir , la pression et la menace n'arrêtent pas envers des gens qui ne sont pas avec eux. La traque des hommes de médias, de l'opposition et de la société civile continue, plus personne pour dire non à ce qui se passe. La situation ne va pas se calmer, elle risque de dégénérer et on risque d'assister aux massacres non pas ethniques mais un vrai balayage des gens politiquement opposés au gouvernement en place.