Blasting News: La marche mondiale​​ contre Monsanto s'organise pour la troisième année consécutive. Les marches précédentes ont-elles fait bouger les choses ? Monsanto a-t-il réagi ?

Nicolas Pernot: Ça serait sans doute un peu prétentieux de penser, qu'à elles seules, les Marches contre Monsanto ont fait bouger les lignes. En revanche c'est clair qu'elles y participent, au même titre que toutes les initiatives visant, comme nous, à combattre le modèle d'#Agriculture industriel qu'on nous impose depuis des années et des années. En France, les choses avancent puisque les politiques s'emparent de plus en plus des sujets sur lesquels nous les interpellons : les OGM, les pesticides, l'agro-écologie,... Tous ces sujets ne passent pas forcément encore le stade du positionnement politique, mais nous enregistrons de belles victoires, notamment face à Monsanto qui ne comptent plus, par exemple, de champs cultivant de MON810 en France. A côté de ça, il reste encore énormément à faire et c'est pour ça que réaffirmer nos opinions sur ces sujets est important.

Qu'attendez-vous de cette nouvelle édition ? Pensez-vous que la mobilisation citoyenne fasse le poids ?

En France, c'est plus d'une trentaine de villes qui se mobilisent contre Monsanto et donc des milliers de manifestants qui réclameront de pouvoir manger plus sainement, plus éthiquement, plus local. Donc nécessairement, la mobilisation citoyenne va faire parler d'elle et il sera impossible de ne pas entendre ses revendications. Après il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veux pas entendre et les politiques sont parfois plus attentifs à d'autres sources de conseils que ceux des manifestations citoyennes. Et bien, qu'à cela ne tienne, nous remettrons le couvert autant de fois qu'il le faudra, sous la forme de marches comme sous la forme d'autres initiatives. C'est ce que nous faisons déjà, d'ailleurs.

Aujourd'hui en France, quelle est la situation des agriculteurs face aux OGM brevetés par Monsanto? Y a t il une alternative pour y échapper ou est-ce l'impasse ?

Les OGM de Monsanto sont interdits à la culture en France. Donc de ce côté-là les mobilisations citoyennes ont gagné une bataille. Mais d'un autre côté, nous avons des champs en cultures, en France, remplis d'OGM cachés qui sont des OGM qui par la nature de leur transformation échappe à la réglementation sur les OGM. Donc il n'y a aucune obligation pour les semenciers d'indiquer aux agriculteurs qu'il s'agit de semences OGM, il n'y a pas besoin de demande d'autorisation pour les cultiver, ni de déclaration de mise en culture préalable à fournir, aucune précaution particulière à prendre pour éviter une contamination des champs aux alentours, par exemple, et donc aucun contrôle. De ce point de vue là, les agriculteurs sont complètement impuissants car ils ne peuvent même plus faire la différence entre des semences OGM et non-OGM.

#Ecologie

Pensez-vous que le Tafta fera plier l'Europe sur la réglementation des OGM ?

Comme les négociations sont faites en secret, sans aucune transparence et dans le mépris le plus total de la démocratie, difficile de savoir ce qui nous est réservé comme sort. Mais ce qui se dessine, c'est un tribunal arbitral privé qui aura pour rôle de régler les conflits entre les multinationales et les pays, notamment sur les questions de législations. De ce qu'on en sait, ce tribunal a toutes les chances d'être très éloigné de tout concept d'indépendance. Donc oui, si le TAFTA passe, il y a tout à parier que nos normes ou nos législations vont être réévaluées de façon à favoriser le commerce de quelques grands groupes des États-Unis.

Monsanto gagne inévitablement ses procès contre les agriculteurs, partout dans le monde. ​Croyez-vous que la liberté d'usage des semences est encore envisageable ou est-ce devenu une utopie?

Non, heureusement pour le moment on en est pas encore là, mais le degré de liberté des agriculteurs va en s'amenuisant. Il y a tout d'abord le Catalogue des variétés de semence, qui limite le choix des agriculteurs à un certain nombre de variété. Ensuite il y a évidement les brevets sur les OGM qui empêchent les agriculteurs de réutiliser une partie de leur récolte l'année suivante. Et enfin, plus récemment, de nouveaux brevets sur le vivant ont été autorisés sur des variétés non-OGM. Une tendance donc à la privatisation du vivant et à la restriction de l'agriculture qu'il faudra renverser. C'est pour cela aussi qu'on se mobilise.