Depuis plus d'un an, l'#Ukraine est en crise. Au départ, il s'agissait d'un problème politique propre à l'Ukraine avec un changement de régime provoquant des manifestations de grande ampleur. Les rebelles pro-russes des provinces de l'est de l'Ukraine ont ensuite voulu se détacher du pouvoir, et la #Russie a été accusée de les soutenir. Petit à petit, cela s'est étendu au-delà des frontières jusqu'à devenir une crise diplomatique, qui était sur la table des discussions du sommet du G7 des 7 et 8 juin. Nina Bachkatov, politologue et spécialiste de la Russie, fait le point sur les tensions entre la Russie et l'Ukraine.

Blasting News: Quelle est la situation actuelle en Ukraine?

Nina Bachkatov : Il y a des versions complètement différentes, avec un blocage initial. La Russie prétend qu'il n'y a pas de soldats réguliers sur le territoire ukrainien. Les deux ne cessent de s'accuser mutuellement. Il est donc difficile de savoir exactement ce qu'il en est. La seule source à laquelle nous pourrions nous fier est l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), en mission d'observation. Mais elle semble prudente quant aux déplacements, et ce qu'elle communique peut faire l'objet d'un consensus selon les diverses visions du conflit.

À partir de quoi a démarré ce conflit?

Il s'agit d'un différend politique à la base, qui a ensuite provoqué ce blocage sur la question militaire. Il y a eu la révolution pro-européenne de Maidan en février 2014, supportée par une partie de l'Ukraine. Suite à cela, le président Ianoukovytch a quitté le pouvoir, et été remplacé par un président intérimaire, le tout conduisant à des élections. Au moment de tous ces changements, certaines régions, dont Donetsk, étaient en désaccord. Puis, cela a pris une dimension géopolitique, avec les Occidentaux supportant l'Ukraine, et les Russes empêtrés dans des interventions relativement maladroites.

La Russie nie sa participation au conflit. Pourquoi?

Elle sait très bien que, d'un point de vue international, elle n'a pas le droit d'envoyer ses soldats sur le territoire d'un pays indépendant voisin. Ici, ils jouent sur les mots. Je pense que la Russie envoie des soldats qui ont démissionné de l'armée, peut-être temporairement. Mais d'autres acteurs entrent en compte et l'on ne peut réduire cela, comme le fait le président ukrainien Porochenko, à une invasion, voire une agression, russe.

Il ne s'agit pas d'une guerre traditionnelle. Kiev, plus le temps passe, a des difficultés à revenir à une table politique, car cela impliquerait de devoir négocier avec les dirigeants des régions de Donetsk et de Lougansk que Kiev considère comme des terroristes.

À partir de quand peut-on parler d'implication de la Russie dans le conflit?

Lorsqu'il y a eu la crise en Crimée et son rattachement à la Russie juste après les bouleversements politiques de Kiev, et le début du conflit ukrainien. À ce moment-là, à Moscou, il y avait une sorte d'euphorie liée à la rapidité de la signature des accords entre la Russie et la Crimée en mars 2014. Je crois que cela a poussé les Russes à soutenir les rebelles en Ukraine… Or il s'agissait d'un mauvais calcul. La Crimée est un cas différent, vu qu'il s'agit d'une presqu'île qui était déjà autonome. Tous s'accordent pour dire que dans le cadre d'un référendum organisé démocratiquement, le rattachement à la Russie l'aurait emporté. Or l'est de l'Ukraine est sur le territoire ukrainien, contient la partie industrielle du pays, et est très peuplé.

Je pense qu'en réalité, les Russes ont cru qu'ils pourraient gêner le pouvoir à Kiev, très fragile à ce moment-là, à cause des bouleversements survenus. Il ne s'agissait donc pas d'agrandir leur territoire.

De plus, la Russie était opposée à l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN. En effet, dans ce cas, cette dernière contrôlerait pratiquement toute la mer Noire, serait aux frontières de la Russie qui se verrait être encerclée.

Quelles sont les sanctions en Russie et en Occident?

Il y a les sanctions européennes qui concernent des personnes pointées du doigt pour avoir participé à l'annexion de la Crimée et les combats dans l'est de l'Ukraine. Puis, il y a des mesures ciblées sur l'économie, visant des compagnies russes ayant une activité avec l'Union européenne. Ce à quoi la Russie a réagi en déclarant un embargo sur l'importation de produits venant de pays européens. En outre, il y a eu cette liste noire publiée par le Kremlin, interdisant l'entrée sur le territoire russe à quelques 89 personnalités européennes.

Le G7 a affirmé que si les accords de Minsk n'étaient pas respectés, les sanctions visant la Russie seraient maintenues fermement… 

Le fait d'émettre des sanctions provient du modèle de politique internationale des Américains. Les Européens s'y sont souvent opposés car trouvent ce processus inefficace et trop long. Le G7 n'est en théorie pas l'endroit où l'on décide du maintien ou non de sanctions européennes, ce qui devrait plutôt être discuté au sein de l'Union européenne. Il est donc intéressant de voir que ces sanctions ont pris une dimension plus large. 

Quels accords de Minsk ont été, ou non, respectés? 

Il y a eu des échanges de prisonniers. La mission de l'OSCE a été élargie et est l'élément le plus crédible sur le terrain. Par contre, il y a eu un non-respect du retrait de l'artillerie lourde étant donné que les combats ont repris et impliquent des armes lourdes de chaque côté. Dès lors, le cessez-le-feu n'est pas non plus respecté. Puis, le retour à un dialogue politique n'a pas eu lieu, puisque les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk ne sont, à ce jour, pas reconnus comme des interlocuteurs par les autorités de Kiev.

Sur quelle voie faut-il partir pour mettre fin à ce conflit? 

Par exemple, les Occidentaux doivent être plus fermes vis-à-vis de Kiev, qui doit faire des efforts pour éviter de creuser le fossé. L'Occident doit jouer un rôle de soutien et de guide en indiquant quelles sont les limites de ce qui peut être fait ou non. Kiev doit faire prendre conscience aux rebelles qu'ils sont des Ukrainiens et ont leur place dans le pays, mais aussi que leur revendications peuvent être entendues et discutées.