Le 31 octobre 2014, interrogé sur le plateau de France 24 en tant que rédacteur associé de la revue Géopolitique Africaine, j’avais exprimé des réserves sur le mouvement insurrectionnel au Burkina Faso précipitant le départ de Compaore dont le mandat n’était pas achevé. J’avais souligné, et les faits me donnent raison ici et maintenant, que la situation liée à son départ précipité, allait se traduire par des difficultés liées à la gestion du climat politique au Burkina Faso. Un an après les faits me donnent raison. Il ne s’agit pas de regretter ici Compaore, et encore moins de critiquer le mouvement insurrectionnel des 30 et 31 octobre 2014, mais de dépasser l’émotion que certains commentateurs et éditorialistes de radio et télévisions africaines ont étalée pour reconnaitre ce mouvement insurrectionnel sans analyse réelle. Nous sommes là dans le contexte émotionnel caractéristique de la plupart des spécialistes de l’#Afrique qui préfèrent préserver leurs intérêts du moment après avoir copiné avec les dirigeants de l’ancien régime, à savoir celui de Compaore. Certains d’entre eux se reconnaîtront et pourront faire leur examen de conscience, on ne crache pas dans la soupe qui vous a nourris.

 

Quittons donc le sentier de l’émotion et analysons les choses au fond. Le peuple burkinabé avait en octobre 2014 créé une situation insurrectionnelle de fait en marchant vers le parlement, obligeant ainsi  Compaore a quitté précipitamment le pouvoir. Des institutions de transition ont remplacé l’ancien régime. La mission de ces institutions était d’organiser les conditions politiques pour les élections législatives et présidentielles en octobre 2016. Pendant le temps de la transition de nombreux couacs sont apparus dans le pilotage de celle-ci. La gestion du code électoral par la transition n’a pas eu l’heur de plaire aux anciens caciques du CDP (Congrès de la démocratie et le progrès), ancien parti de  Compaore. La Cour de justice de la CEDEAO a dû intervenir pour estimer que les autorités de la transition avaient outrepassé leurs droits en refusant à certains barons du régime de Blaise Compaore de se présenter aux élections présidentielles et législatives. Le coup d’Etat récent, orchestré par  Diendéré général en chef du RSP (régiment de sécurité présidentiel) de Compaore, serait donc la traduction de ces tripatouillages du code électoral et du refus des dirigeants de la transition de voir certains caciques du CDP participer à l’élection présidentielle, aux motifs que certains d’entre eux auraient accepté de suivre le Président Compaore dans sa tentative de référendum afin de modifier la constitution pour lui permettre de se représenter. Au nom de quels principes juridiques (si on sort des effets de manche et de l’émotion qui caractérise les analystes de l’Afrique, européens ou africains) peut-on imputer une faute politique aux motifs que l’on a donné son avis sur le changement du texte constitutionnel ? On croit rêver et cela ne sert pas la démocratie en vue de construction dans les pays africains.

 

Les dirigeants de la transition se sont comportés de la même façon que ceux qui ont fait le coup d’Etat et il est inadmissible que le peuple burkinabé sort meurtri de la turpitude de ses dirigeants politiques. Le Burkina-Faso et l’Afrique se trouvent aux portes de la démocratisation de la vie politique et économique. Encore faut-il laisser de côté l’émotion, expliquer les faits et rétablir les partis en présence dans leurs fautes mais aussi dans leur mission de vérité. Que le peuple burkinabé trouve une solution pour éviter que le sang coule.  La communauté internationale a condamné le coup d’Etat. Le Président Hollande, en tant que gardien du temple de la francophonie et des pays colonisés par la France, a dit qu’il fallait rétablir la légalité. Dont acte Monsieur Hollande, mais vous ne devez pas ignorer que les pays africains ont le droit de penser au renouveau de leurs institutions héritées de la colonisation alors qu’ils sont indépendants. #François Hollande #Gouvernement